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MOHAMMAD DANS LA BIBLE

ET

JESUS DANS LE CORAN

Auteur : A. ALEM

بسم الله الرحمن الرحيم


 

 

TROISIEME PARTIE

 

JESUS DANS LE CORAN

 

INTRODUCTION

La part de la culture hellénistique dans la formation

du Christianisme et de l’autorité politique dans son triomphe

 

CHAPITRE I :

 

JESUS, SA VIE ET SON OEUVRE

I.    Marie, mère de Jésus

II.   La naissance de Jésus 

III.  La mission et les miracles de Jésus 

IV.  Jésus et les Juifs 

V.   Jésus reviendra-t-il sur terre avant la fin du monde ? 

VI.  Jésus a-t-il été réellement crucifié et tué ? 

VII. La Rédemption entre l’Ecriture et la Raison 

 

 

CHAPITRE II

 

LA SERVITUDE DE JESUS A DIEU
ENTRE LE TEXTE ET LA RAISON 

 

I.   L’Ecriture 

Termes à expliquer : Dieu, Fils, Père 

II.  Les preuves rationnelles du Coran concernant

La servitude de Jésus à Dieu 

III.  Discussion rationnelle concernant le Fils 

 

 

CHAPITRE III :

 

ESPRIT SAINT DANS LA BIBLE ET LE CORAN 

 

CHAPITRE IV :

 

LES ARGUMENTS RATIONNELS ANNULANT 

LE DOGME DE LA TRINITE

 

 


 

TROISIEME PARTIE 

 

 

JESUS DANS LE CORAN  

 

 

Introduction

 

 

 

I. La part de la culture hellénistique

Dans la formation du Christianisme

 

II. Le rôle de l’autorité politique romaine

Dans le triomphe du Christianisme

 

 

Beaucoup de gens ignorent les causes principales qui avaient favorisé la

déformation de la vraie religion du Christ. Elles sont, en effet, d’ordre culturel, politique et psychologique[33].

 

Ici nous nous bornons à éclaircir les deux premiers facteurs dont l’un, d’ordre culturel, se ramifie en plusieurs branches que nous avons regroupées en deux grandes. Il s’ensuit donc, de cette dichotomie, que les facteurs essentiels qui avaient contribué à la formation de la doctrine chrétienne et à la faire triompher, sont trois :

 

I. Le premier était l’influence de la culture grecque.

 

II. Le deuxième facteur, aussi d’ordre culturel, était l’influence de la philosophie néoplatonicienne.

 

III. Le troisième facteur, était le rôle de l’autorité politique.

 

 

Ces trois facteurs essentiels ont contribué à former une doctrine chrétienne et à la faire triompher : 

 

I. Le premier facteur est l’influence de la culture grecque, avec ces deux facettes : philosophique et mythologique, dans l’élaboration de deux thèmes ; celui de la divinité de Jésus et de sa filiation à Dieu et celui de la rédemption. Les précurseurs de ces thèmes étaient St Paul et l’auteur du quatrième Evangile. Après eux, les philosophes convertis au Christianisme avaient essayé de donner à cette doctrine une base philosophique et un appui intellectuel, puisés dans la philosophie grecque.

 

II. Le deuxième facteur est l’influence de la philosophie néoplatonicienne et en particulier celle de Plotin. Celle-ci avait donné une forme définitive à la doctrine chrétienne, qui sera proclamée solennellement par le Concile de Constantinople (en 381 ap.J.-C).

 

III. Le troisième facteur était le rôle de l’autorité politique romaine dans le premier et le dernier quart du quatrième siècle après Jésus. Cette autorité a favorisé et même fait triompher la doctrine prônée par l’auteur du quatrième Evangile et celle prêchée par St Paul, tout en condamnant les autres doctrines, surtout celle prêchée par Arius et ses partisans.

 

 

I. L’influence de la culture grecque

 

De cette perspective il nous parait que le Christianisme n’a pas été formé et élaboré une fois pour toutes, mais il était passé par des étapes, et avait connu des transformations importantes pour arriver enfin à la forme actuelle.

 

En premier lieu, les quatre Evangiles appelés canoniques avaient subi une influence plus ou moins grande de la culture hellénistique. Celle-ci s’infiltra dans les Evangiles par l’intermédiaire de Paul et d’autres.

 

 

A. Son influence par l’intermédiaire de St- Paul

et de Jean l’Evangéliste

 

 

L’influence de Paul dans la composition et le contenu des Evangiles était grande. Ses points de vue théologiques étaient on ne peut plus manifestes dans ces recueils, et l’on peut dire que nous n’y trouvons pas de thèses qui s’opposent à celles de Paul, à l’exception de quelques unes, recueillies dans d’autres milieux. Et l’on veut pour preuve, son influence sur le 3e e le 4e Evangile qui est certainement plus importante.

 

Par ailleurs, en esquissant une image de Paul et en cherchant les éléments qui avaient constitué et formé sa pensée théologique, nous allons mettre le doigt sur les causes réelles qui constituent le fondement des principaux dogmes du Christianisme.

 

Paul est « Pharisien[34], d’origine palestinienne qui était fabricant des tentes à Tarse l’ancienne ville universitaire des Séleucides[35] où fleurissaient depuis trois siècles les écoles péripatéticiennes[36] et stoïcienne[37].

 

« Paul avait reçu à la fois l’éducation rabbinique à Jérusalem et hellénique à Tarse. »

(Histoire de l’Antiquité des origines au VIIe siècle, p. 377. Voir aussi Will durant, Histoire de la civilisation, IX, 215-216, traduction de Jaques Marty, Editions Rencontre, 1963).

 

Cette culture acquise, avait contribué à former la pensée de Paul ; unifiant, ainsi, dans un même courant, deux tendances distinctes en plusieurs points importants.

 

D’une part, l’éducation rabbinique, vaste et profonde, lui a permis de connaître largement l’Ancien Testament et d’y puiser à volonté.

 

D’autre part, la culture hellénistique lui a fourni des principes et des instruments nécessaires pour interpréter, à sa guise, les textes sacrés, et qui allaient lui servir dans ses points de vue théologiques.

 

La preuve c’est que l’on constate dans les récits des Actes des Apôtres, que la prédication de Paul relie volontiers le message chrétien aux croyances supposées de l’auditoire païen. La meilleure illustration de ce procédé est offerte par le célèbre discours d’Athènes (Actes, 17 : 16-34).

 

« L’impression générale qui en ressort, comme le soulignait Jean Pépin, est que Paul, après s’être entretenu avec des philosophes stoïciens et épicuriens hors du fracas de l’Agora, présente la Bonne Nouvelle, non pas comme une rupture, mais comme un complément et un achèvement de la théologie grecque. » ( Histoire de la philosophie, sous la direction de F. Châtelet, II, 26).

 

Les autres points du Judaïsme et du Christianisme qui ne sont pas conformes à cette doctrine, seront l’objet de l’interprétation, du camouflage et du jeu de mots. L’ingéniosité de Paul, son hardiesse à donner aux textes sacrés des sens trop lointains, son éloquence et sa duplicité vont l’imposer à la communauté chrétienne naissante et le consacrer comme interprète par excellence des textes sacrés de l’Ancien Testament. Ainsi il attira à sa cause un public (les juifs convertis) mal enseigné sur les données de l’Ancien Testament et un autre public parmi les païens qui trouve dans la prédication de Paul une continuité à sa pensée religieuse.

 

Le quatrième Evangile et les Épîtres de Paul sont, en effet, des exemples parfaits offrant une image claire de cette influence.

 

Premièrement, le milieu où avait été élaboré le 4e Evangile, les caractéristiques de son auteur  et le but de la composition sont des éléments intéressants qui marquent cette œuvre par une spécificité soulignée par de nombreux théologiens chrétiens.

 

Cullmann dans son livre le Nouveau Testament (p.45) résume les caractéristiques de l’auteur du quatrième Evangile dans ces points :

 

1. Il provient d’un Judaïsme marginal et appartient à un milieu théologique différent de celui des autres évangélistes, peut-être à celui des hellénistes de Palestine ou de Syrie.

 

2. Il ne fait pas nécessairement partie du groupe des Douze qui, comme tel, ne joue pas de rôle dans cet évangile, alors que celui-ci mentionne d’autres disciples intimes de Jésus.

 

3. Il ne semble pas appartenir au milieu social que les autres disciples de Jésus.

 

4. Il est probablement originaire de Jérusalem.

 

 

Deuxièmement, l’influence de la philosophie religieuse grecque sur le Christianisme est soulignée par certains penseurs européens et américains. Nous citons parmi eux Reitzenstein ; son terrain favori, pour illustrer cette influence, fut l’étude des mystères hellénistiques, auxquels Paul aurait été redevable en ce qui concerne la doctrine et le vocabulaire. Jean Pépin reprend les constatations de Reitzenstein en soulignant que « l’essentiel des mystères d’Attis, de Zagreus, d’Adonis et de Mithra, consistait, pour le néophyte, dans une mort symbolique à l’instar du dieu et dans une régénération par participation à l’esprit du dieu, garantissant le partage de son immortalité ; de même que le myste était assimilé au dieu mourant et ressuscitant, de même le baptême chrétien ensevelissait le fidèle avec le Christ et le faisait ressusciter en même temps que lui. » (Id. II, 40).

 

D’autre part, il est bon de choisir un terrain d’investigation plus limité, d’examiner par exemple ce que suggère la comparaison de la doctrine paulinienne avec celle des Stoïciens de l’époque impériale (Sénèque, Epitectète, Marc-Aurène)[38].

 

On ne peut méconnaître, chez ces Stoïciens et chez Paul, la présence de nombreux thèmes communs. Ainsi, l’idée d’une « parenté » de l’homme avec Dieu, que l’on a déjà rencontrée dans le discours d’Athènes (Actes, 17 : 28-29), est souvent, présentée sous l’aspect de l’habitation divine dans l’homme.

 

En plus de ces analogies considérables dans l’architecture générale de la doctrine, il n’est pas sans importance de souligner qu’il y a une analogie, entre le langage technique des mystères et celui de Paul à l’instar de celle avancée plus haut concernant les deux doctrines.

 

La philosophie de l’époque hellénistique s’exprimait volontiers dans une forme rhétorique particulière, comme sous le nom de « diatribe cyno-stoïcienne ». De cette diatribe, on a rapproché le style de la prédication néotestamentaire ; en particulier celui de la prédication paulinienne. Sur ce dernier point l’éminent savant Rudolf Bultmann, exégèse célèbre du Nouveau Testament, a effectué ce travail intéressant.

 

Parmi les procédés qu’il a repéré aussi bien dans la diatribe que les Epîtres de Paul, il y a ceux qui concernent la façon de citer librement les textes, en modifiant, pour les accommoder aux doctrines que l’on veut établir, ou encore, en bloquant certains d’entre eux à la manière d’un centon.

 

En outre, l’observation qui s’impose au chercheur, touche la part considérable d’expression symbolique à laquelle le Christianisme et l’hellénisme recourent également pour rendre plus assimilables, au grand nombre des gens leurs croyances.

 

Ainsi l’exégèse allégorique était l’un des moyens favoris de Paul[39] et des Chrétiens qui vinrent après lui. Cette exégèse s’attache, dans tous les cas à dégager dans les textes bibliques un sens symbolique, par-delà le sens littéral qui rebute le lecteur, et le bouleverse.

 

« C’est ainsi, notamment, que cette interprétation apparaît requise chaque fois que le texte, entendu dans son sens littéral, contiendrait une absurdité logique, une impossibilité matérielle, ou une déclaration indigne de Dieu. » (J. Pépin, Id. II, 57)[40].

 

Le thème principal et le pivot de la prédication de Paul autour duquel gravitent les autres éléments secondaires, est la personne de Jésus ; son rôle par rapport à l’humanité et sa relation avec Dieu. Mais la formulation nette et sans ambiguïté de la thèse de la divinité de Jésus fait défaut dans les Epîtres de Paul.

 

Les trois premiers Evangiles, les synoptiques, n’en soufflent aucun mot ; mais ils donnent des aspects tendant à considérer Jésus comme un homme parfait. Le seul Evangile qui en donne une impression nette et claire est celui de Jean.

 

Donc, les problèmes et les questions qui affronteront les diverses tendances religieuses dans ces quatre siècles seront : la divinité ou la non divinité de Jésus, sa filiation spirituelle ou sa non filiation à Dieu.

 

Mais, une déclaration manifeste sur la divinité de l’Esprit Saint ou une conception précise déterminant ses caractéristiques et sa relation avec Dieu, n’étaient pas encore formulées en cette époque. En effet, les quatre Evangiles ne font aucune allusion claire à cette thèse.

 

La lutte entre les deux courants, signalés plus haut, s’accentuait jusqu’au moment où l’autorité politique romaine (encore païenne) fit triompher, dans le 1er concile de Nicée (en 325 ap. J. C.) la tendance représentée par le 4e Evangile et qui était soutenue par les philosophes convertis au Christianisme.

 

Dans ce concile, il n’était pas question de l’Esprit Saint, et on y a guère fait allusion à la Trinité. Il fallait attendre le deuxième concile appelé « 1er concile de Constantinople » en 381 qui instaura la divinité de l’Esprit saint pour former définitivement la Trinité, qui est la base du Christianisme actuel.

 

 

B. Son influence par l’intermédiaire

de Philon d’Alexandrie

 

La même méthode, dans plusieurs cas, fut, en effet, employée par Philon d’Alexandrie, en interprétant les textes du Pentateuque, et en particulier de la Genèse.

 

Dans ces entrefaites, il est important de souligner l’influence directe ou indirecte de Philon d’Alexandrie dans les principes doctrinaux prêchés par Paul et les autres religieux après lui.

 

Philon était un juif fervent. Son activité philosophique était presque consacrée à l’explication de la loi mosaïque. Mais le lien de l’allégorie est le seul qui lie ses idées au texte de la loi.

 

La méthode d’interprétation allégorique était employée à l’époque de Philon, et avant lui, dans le monde grecque (elle sera reprise par Paul). Bien avant les Stoïciens, qui avaient influencé Philon, ainsi que Paul, le procédé avait été appliqué à la mythologie grecque et aux poèmes homériques. Mais c’était l’école stoïcienne qui, dès son début, dans l’intention de retrouver sa doctrine dans la mythologie populaire, l’employa avec le plus de développement.

 

La conception de Philon du monde, de Dieu et des êtres intermédiaires (Idées et intelligences) nous apparaît un effort de combinaison et de conciliation entre les conceptions platoniciennes, celles des Stoïciens pour les fondre en fin de compte dans la tradition juive.

 

Chez Philon, les Idées et les intelligences pures sont engendrées par Dieu sans le « médium mère », c'est-à-dire sans matière. En outre il a une tendance à attribuer la filiation divine aux êtres idéaux, à l’exclusion des êtres sensibles. Mais seules les choses, les meilleures, peuvent naître à la fois par Dieu et par son Intermédiaire. Les autres naissent non pas par lui, mais par des intermédiaires inférieurs.

 

L’action divine sur les êtres imparfaits n’aura donc lieu que par des intermédiaires plus parfaits. L’idée que Philon introduisait dans la philosophie n’est pas celle de création ex nihil, mais celle de création à divers degrés, et par des êtres intermédiaires.

 

Il existe, par ailleurs antérieurement à Philon, des concepts analogues ; le Logos[41] stoïcien, la Sophia juive des Proverbes et des sagesses, la parole de l’Ecriture. Chercher à déterminer la part de ces différents concepts dans la doctrine de Philon, est une œuvre déterminante et utile, qui nous aide à connaître les influences de ce dernier et de la philosophie grecque dans la pensée de l’auteur du quatrième Evangile.

 

 

Le concept de logos chez Philon

 

Si le concept de « logos » était usuel et répandu, quelle était donc l’origine et la nature de ce concept ?

 

Le logos est, chez les Stoïciens, un des noms que prend la divinité suprême : il est la raison commune de toutes les parties de l’univers : cette conception est présente et vivante dans les œuvres de Philon.

 

D’autre part, ce logos, avec les mêmes attributs qu’il a chez les Stoïciens, n’y est cependant plus la divinité suprême, mais un intermédiaire entre Dieu et le monde.

 

Cette conception est issue, pour l’essentiel, de la philosophie stoïcienne, à laquelle cependant, il faudra ajouter l’influence d’Héraclite et de Platon.

 

« Les stoïciens, écrit E. Bréhier, admettaient un logos de la nature, suivant lequel arrivaient tous les événements de l’univers. Ce logos universel n’est pas pour eux différent du principe suprême, qu’ils appellent nature commune, destin, providence et Zeus. » (E. Bréhier, Les idées philosophiques et religieuses de Philon d’Alexandrie, 3e éd. Librairie philosophique, Paris 1950, p. 84).

 

Philon a accepté cette notion du logos, sans la transformer. Parfois même le logos garde les propriétés « matérielles » qu’il avait chez les stoïciens. Philon, en effet, dit : « Rien de matériel n’est assez puissant pour avoir la force de porter le fardeau du monde, mais c’est un logos du Dieu éternel qui est l’appui le plus résistant et le plus solide de l’univers ». (Id. P. 85).

 

Ici le logos est mis en parallèle avec les cercles de l’éther.

 

Cependant, en attaquant et transformant les idées d’Héraclite concernant le logos[42], Philon montre que le logos est le principe des contraires existant dans le monde et non pas les contraires eux-mêmes. Il leur est supérieur et il est indivisible.

 

Remarquons, cependant, qu’en même temps, la fonction de médiateur et arbitre du logos, nous fait pressentir le rôle d’intermédiaire qu’il jouera entre Dieu et le monde.

 

Par ailleurs, le logos, comme principe du monde intelligible est, chez Philon, identique à l’Un. Il est principe de l’Union dans les êtres et en soi, il est unité.

 

D’autre part, le logos est conçu, chez Philon, comme un principe de la vertu. Il s’identifie au droit logos des Stoïciens conçu sur un point de vue uniquement moral et interprété, d’une façon platonicienne, comme le modèle idéal des vertus.

 

« Remarquons d’abord, écrit E. Bréhier, que le droit logos, principe des vertus, est conçu tantôt comme un guide moral, créé, terrestre, opposé au logos divin intelligible qui est son modèle, tantôt au contraire, et même le plus souvent, cette distinction n’est pas faite, mais c’est le logos divin lui-même (monde intelligible ou principe de ce monde) qui guide l’âme humaine. » (Id. p. 95).

 

Ici, nous devons souligner que les caractéristiques que donne Philon à ce logos ressemblent, dans une certaine mesure, à quelques prédicats de l’Esprit Saint des Chrétiens ; le logos « est le pilote et le guide, il est le mari de l’âme qui par lui devient féconde en vertus ; tout ce qui est sans logos est honteux ; tout ce qui est avec lui, est ordonné ; le méchant a retranché de lui le droit logos, il s’en est détourné, il agit contre lui. Celui qui peut user du logos est raisonnable ; qui ne le peut pas ou ne le veut pas est sans raison et malheureux. Le logos est chef et guide du composé humain, il avertit, il instruit et il conseille… Il pose des lois et il est lui-même une loi incorruptible, il blâme aussi. » (Id. pp. 93-94).

 

Par ailleurs, dans d’autres caractéristiques il ressemble à l’image de Jésus créée par Paul, par l’auteur du 4e Evangile et par les autres religieux chrétiens.

 

Il est , chez Philon, un intermédiaire entre Dieu et le monde, mais d’un degré inférieur à l’être suprême. Cependant, Philon sépare en théorie Dieu et le logos et aboutit souvent à donner les mêmes attributions à chacun des deux comme c’est le cas chez les chrétiens lorsqu’ils définissent la 2e personne de la Trinité (c'est-à-dire le Fils).

 

Chez Philon, le logos, lui-même comme être parfait, rend le culte à Dieu comme les autres êtres parfaits, arrivés au niveau des « logois » (plur. de logos). En effet, Jésus, chez les chrétiens, rend le culte à Dieu.

 

Chez Philon, le logos, comme force cosmique, organe de la création, et la parole divine coïncident, chez Philon, dans la représentation d’un être à personnalité peu définie, qu’il appelle le fils aîné de Dieu ; ce logos est comblé des dons divins ; il est le messager de Dieu auprès des hommes, et il porte à Dieu leurs supplications ; il apparaît sous forme humaine, et parle aux hommes. (cf. E. Bréhier, p. 107). Ces caractéristiques se conforment parfaitement à celles attribuées à Jésus.

 

D’autre part, la théorie allégorique des Stoïciens s’approche ou même influence celle de Philon, au moins sur quelques traits. Le plus important des traits communs entre les deux théories c’est que, chez les Stoïciens, Hermès a été engendré par Zeus (l’Etre suprême) et chez Philon le logos est fils de Dieu[43].

 

De même, la mythologie allégorique du traité de Plutarque sur Isis et Osiris, nous rapproche de l’époque et du milieu où vivait Philon.

 

Ces mythes égyptiens, altérés et influencés, par les mythes grecs, et l’allégorie (employée par Plutarque dans l’interprétation de ces mythes) – qui imprègne, directement ou par une autre voie, les conceptions philosophiques de traits facilement reconnaissables – influencent ou tout au moins représentent une certaine ressemblance avec les conceptions philoniennes.

 

Lorsque, par exemple, chez Philon, le logos comme fils aîné de Dieu est distingué du monde (qui est, chez lui, le jeune fils de Dieu), cette notion trouve ressemblance parfaite dans la distinction des deux Horos, fils du dieu suprême Osiris, dont l’aîné symbolise le monde intelligible, et le plus jeune, le monde sensible.

 

Nous en dirons autant de la conception d’un double logos, celui du monde intelligible tourné vers Dieu et celui qui descend au-devant de l’homme dans la région des sensibles. D’après le traité de Plutarque Osiris est « logos du ciel et du « Hadès » (du monde)[44].

 

Cette perspective religieuse et philosophique qui se dégage des œuvres de Philon influençait et orientait, directement (ou indirectement) la pensée chrétienne dans divers milieux. Elle s’illustrait par diverses personnes religieuses depuis Paul et l’auteur du 4e Evangile jusqu’aux prêtres d’Alexandrie du IVe siècle.

 

La différence existant entre Philon et Paul réside dans le fait que le premier prêchait une doctrine dont la personne réelle qui l’incarne n’existait pas (tout en se basant clairement sur les conceptions de la philosophie grecque, ce qui fait qu’il était plus spéculatif et plus attaché à l’allégorie), alors que le second semblait trouver un appui réel et une incarnation parfaite de cette doctrine dans la personne de Jésus, tout en négligeant la très profonde spéculation philosophique.

 

 

C. Le rôle des Pères apologistes

 

Un nombre importantde pères apologistes qui étaient d’anciens philosophes convertis au christianisme, avaient maintenu et avaient continué de soutenir et de théoriser les principes doctrinaux du Christianisme.

 

Il est à signaler que l’évolution parallèle (au Christianisme) de la philosophie hellénique fut loin d’être achevée à l’époque où naissait le Christianisme. Les IIIe et IVe siècles étaient pour la pensée païenne, aussi bien à Rome qu’à Athènes, une période extrêmement brillante. Mais c’est à Alexandrie que les différents courants philosophiques et religieux s’influençaient réciproquement.

 

Les philosophes convertis au Christianisme donnaient l’exemple parfait de cette fusion tellement importante dans la constitution et le maintien de la doctrine chrétienne. A titre d’exemple nous citons : Justin au IIe siècle, Clément d’Alexandrie et son disciple Origène, à la fin du IIe siècle et jusqu’à la moitié du IIIe siècle.

 

Les Pères, des trois premiers siècles, se réfèrent à Platon, et prirent contact avec le moyen platonisme. Par exemple Origène, disciple aussi bien de Clément que d’Ammonius Saccas, auprès de qui il s’était trouvé le condisciple de Plotin, avait une pensée au sujet de laquelle J. Pépin a dit : « … La vision du monde d’Origène est audacieuse, en particulier pour le monde spirituel : comme le Verbe est engendré par le Père, il engendre lui-même d’autres verbes, c'est-à-dire des natures raisonnables, spirituelles et libres ; créées égales entre elles, ces natures, usant de leur liberté devinrent différentes dans la mesure où elles s’attachèrent plus ou moins à Dieu ou se détournèrent plus ou moins de Lui. » (Id. II, 75).

 

En revanche, nous ne nions pas l’influence de certaines conceptions chrétiennes sur la philosophie répandue à l’époque. Mais c’est à Alexandrie, siège d’une école de théologie chrétienne particulièrement ouverte à l’hellénisme, que les philosophes païens se montrèrent de leur côté, les plus ouverts à la façon de vivre et de penser des Chrétiens.

 

D’autre part, il ne faut pas oublier que le Christianisme jusqu’au début du IIIe siècle, fut un mouvement proscrit et clandestin, avec une alternance de répressions sanglantes et de rémissions passagères, « il est clair que, dans les moments où la persécution sévissait avec le plus d’intensité, les Chrétiens n’étaient guère portés à présenter ou même à concevoir leur religion comme le prolongement et l’accomplissement de la culture païenne. » Mais lorsque « la persécution se relâchait pour quelques temps, ou dans les régions qui s’en trouvaient par bonheur préservées, ou enfin quand la paix de l’Eglise fut instaurée par l’Edit de Milan (en 313), les Chrétiens se montrèrent naturellement plus enclins à se définir comme les débiteurs des philosophes grecs et à s’ouvrir à leur influence. » (J. Pépin, op. cit., II, p. 32).

 

 

II. Le rôle de l’autorité politique

 

(L’influence de l’empereur romain sur les résultats du concile de Nicée).

 

Sous le règne de Constantin, le Christianisme devint le culte de l’empereur. Le paganisme ne fut cependant pas proscrit. La parité, au contraire, fut rigoureusement maintenue entre le culte chrétien et le culte païen. L’empereur, protecteur de l’Eglise, continua, en portant le titre de Grand Pontife, à s’affirmer comme le chef du clergé païen.

 

L’adoption du Christianisme, comme le souligne plusieurs historiens, n’amena aucune rupture dans la conception du pouvoir. L’empereur cessa d’être considérée comme un dieu, mais son autorité n’en resta pas moins divine et les rites d’adoration, en son honneur, ne furent pas modifiés.

 

Sans doute, l’influence du Christianisme sur la population fut remarquée par Constantin ; il se peut qu’il ait voulu en profiter, d’une part pour maintenir son pouvoir, et d’autre part pour concilier entre les conceptions philosophiques et religieuses païennes – patrimoine qui lui était très cher – et les principes dogmatiques du Christianisme qui ne diffèrent pas radicalement de ce patrimoine.

 

 

L’influence de Constantin sur le concile de Nicée

 

Ainsi, cette approche historique nous incite à parler du 1er concile de Nicée en 325 où Constantin a joué un rôle prépondérant dans le triomphe de la doctrine qui proclame la divinité de Jésus.

 

Dans son livre condensé, René Metz, a donné un portrait précis de ces conciles. Ce qui nous intéresse ce sont les deux premiers conciles.

 

Le concile de Nicée, 325 – « C’est la doctrine arienne, ainsi dénommée en raison de son promoteur Arius, qui est à l’origine de la réunion du premier concile oeucuménique. Au début du IVe siècle, Arius, qui était un prêtre de l’Eglise d’Alexandrie, professait que la seconde personne de la Trinité n’était pas de la même nature que Dieu le Père, mais qu’elle était une créature de Dieu. Le zélé prédicateur fait de nombreux adeptes en Egypte. » Alors Alexandre évêque d’Alexandrie se leva contre lui et essaya de l’exclure de l’Eglise ; mais « les conceptions prônées par le prêtre alexandrin (Arius) trouvèrent un écho favorable au-delà des frontières de l’Egypte dans diverses provinces de l’Orient ; même l’évêque de Nicomédie, la capitale provisoire de l’empire, ne cacha pas l’intérêt qu’il portait à Arius[45] ».

 

« Constantin, qui venait d’unifier l’empire en évinçant son rival Licinius, fut informé des dissensions que la prédication d’Arius avait occasionnées en Egypte. »

 

Après qu’Ossius, conseiller ecclésiastique de l’empereur, échoua dans sa mission de réconciliation entre les deux prêtres adversaires d’Alexandrie, Constantin décida de réunir l’épiscopat de tout l’empire.

 

« Prévu d’abord pour Ancyre, l’actuel Ankara, le concile fut finalement convoqué à Nicée en Bithynie. »

 

Au printemps de 325 les évêques se rendirent à Nicée. « La première séance solennelle eut lieu dans le palais impérial ; Constantin y assista, l’ouvrit par un discours  et probablement en assura la présidence. Tout permet de croire que l’empereur assista à d’autres séances et intervint même dans les discussions. »

 

« Par sa présence, Constantin a apporté aux débats le poids de son autorité et a fait triompher la cause du parti anti-arien ; les évêques de l’opposition, favorables à Arius, se rallièrent au symbole de foi adopté par la majorité (peut-être par peur des sanctions et des condamnations qui furent prévues). Deux évêques seulement refusèrent d’y souscrire ; ils seront exilés, par ordre de l’empereur, de même qu’Arius. » (Histoire des conciles, 2e éd. Que sais-je ? P.U.F. pp. 20-21).

 

Les années postérieures vont montrer que ceux qui s’étaient ralliés au symbole de la foi adopté par le concile, ne le firent que par peur ; car les partisans d’Arius vont avoir un succès considérable dans diverses provinces, après la mort de Constantin.

 

D’autre part, nous soulignons une autre fois que ce concile n’avait point discuté ni même signalé la divinité de l’Esprit saint.

 

Le rôle de l’autorité politique dans l’établissement définitif de la doctrine chrétienne fut prépondérant. Nous en parlerons en détail dans les pages suivantes.

 

 

III. L’influence du Néoplatonisme

 

L’influence de la philosophie grecque, signalée plus haut, ne fut pasachevée. Le rôle du néoplatonisme et en particulier de la philosophie de Plotin, nous amène à parler du troisième facteur qui avait influencé le Christianisme et avait contribué à son établissement définitif.

 

Sur ce dernier facteur nous allons donner quelques éclaircissements qui illustrent la part de la philosophie de Plotin dans la formulation définitive du Christianisme.

 

Plotin naquit en Egypte en 205 ou 204 après J. C., élève à Alexandrie du platonicien Ammonius Saccas , à qui certains attribuent une origine indienne, il eut, au dire de son disciple et biographe Porphyre, le goût et l’occasion de prendre une connaissance directe de la philosophie qui se pratique chez les Perses et de celle qui est en honneur chez les Indiens.

 

Plotin, sans fonder à proprement parler une école, devait développer ses doctrines devant un cercle de disciples, et c’est au milieu d’eux qu’il mourut en 270.

 

Une lecture de Plotin montre qu’il n’emprunte pas seulement sa terminologie, mais aussi ses problématiques, aux grandes philosophies de la Grèce antique : platonisme, aristotélisme, stoïcisme, etc.

 

Il s’est, effectivement, rattaché à cette philosophie de tout son amour et de toute sa volonté. Mais les problèmes qu’il se pose sont transformés chez lui en des problèmes proprement religieux ; de là naissait un effort pour adapter la philosophie grecque à des points de vue différents. Par ailleurs, l’influence des doctrines religieuses antérieures, comme celle du Judaïsme, ou en cours de formation, comme celle du Christianisme – dans la pensée de Plotin, peut être remarquée dans quelques parties de sa doctrine. Parmi ses disciples il y avait des Chrétiens. Certains disciples comme Amélius, avaient accueilli une doctrine du Logos comme Verbe enfanté par Dieu. L’idée principale, qui constitue le trait commun entre ces différents courants, fut la genèse ou plus précisément la naissance d’un être universel du premier Principe, ou du Bien comme l’appelait Platon.

 

Cette idée fut adoptée par les Chrétiens en l’appliquant à Jésus dans une époque antérieure à Plotin. Mais Plotin a problématisé toutes ces doctrines et philosophies répandues, tout en se rattachant, cependant, à la philosophie grecque en lui donnant le souffle religieux et mystique qui lui manquait.

 

Les disciples de Saccas, maître de Plotin, aussi bien que ceux qui étaient parmi les disciples de Plotin, en se convertissant au Christianisme avaient adopté le système de Plotin qui explique le mystère chrétien et lui donne un bien-fondé philosophique.

 

Cette adoption fut faite par les philosophes alexandrins convertis au Christianisme et devenus évêques sans renoncer tout à fait à leurs idées premières. Ils avaient constitué un courant parmi tant d’autres de la Chrétienté. Leur triomphe final n’eut lieu réellement qu’après le IIe concile en 381. Il est à noter que les évêques qui luttèrent sans merci contre l’arianisme, soit dans le 1er concile soit dans le IIe, sont tous des évêques d’Alexandrie.

 

Par ailleurs, une comparaison entre le système de Plotin concernant la procession et la Trinité chrétienne établie en 381, offre des traits reflétant la similitude et la ressemblance parfaites entre les deux doctrines. Mais avant d’exposer la doctrine plotinienne, nous donnerons une vue d’ensemble de la Trinité chrétienne pour que la comparaison et la remarque des concordances soient plus faciles.

 

Un interprète d’une édition de la Bible[46] écrit les notes suivantes, concernant la Trinité (note, Matthieu, 28 : 19).

 

« Dans la révélation progressive du Nouveau Testament, se manifeste le seul vrai Dieu, existant en trois personnes divines, appelées ici : « Le Père », « Le Fils » et « Le saint-Esprit ».

 

1. Caractéristiques : Chacune des trois Personnes de la divinité possède ses caractéristiques propres et se distingue nettement des Autres. Cependant, toutes trois sont égales quant à leur essence, leur puissance, et leur gloire : Chacune porte le nom de « Dieu » ; chacune possède tous les attributs divins ; Chacune accomplit des œuvres divines ; Chacune est digne de recevoir les honneurs dûs à Dieu.

 

2. Activités : Un ordre s’établit dans leur manifestation : le Père vient d’abord, le Fils ensuite, et, en troisième lieu, le Saint-Esprit ; Le Père est celui de qui viennent toutes choses ; le Fils, celui par qui tout est accompli ; le saint-Esprit, celui par qui tout est réalisé ; et tout est pour Dieu.

Malgré tout, aucune des Personnes de la Trinité n’agit indépendamment des autres. Mais leur accord est permanent.

 

3. Révélation : Le Nouveau Testament, par la révélation qui lui est propre, ne dément pas le monothéisme absolu de l’Ancien Testament : Dieu unique en trois personnes. Les personnes de la Trinité sont un seul Dieu, non trois Dieux[47]. Dans l’Ancien Testament il était nécessaire de mettre l’accent en premier lieu sur la révélation du Dieu Unique pour éviter toute équivoque avec les tendances polythéistes. Cependant, la pluralité de Personnes du seul vrai Dieu apparaît même dans l’Ancien Testament s’il est lu à la lumière du Nouveau Testament.

 

4. Mystère : Il faut confesser que la Trinité est un grand mystère échappant à la possibilité d’une explication complète. »

 

 

Le 2e concile de 381 appelé 1er concile de Constantinople était le terme des efforts à soutenir et à faire triompher cette doctrine détaillée plus haut. René Metz nous donne une vue d’ensemble sur ce concile : «  la condamnation de l’arianisme, écrit-il, prononcée en 325 par le concile de Nicée, ne mit pas fin à ce courant d’idées. Bien au contraire, dans la seconde moitié du IVe siècle, l’arianisme domine, pour diverses raisons, dans tout l’Orient et plus particulièrement, dans la région de Bosphore… ; à Constantinople même, la nouvelle résidence impériale, toutes les églises sont aux mains des Ariens. C’est alors que Théodose, qui depuis 379 se trouve à la tête de la partie orientale de l’Empire, décide de convoquer un concile à Constantinople ; Son but est de rétablir la paix et l’unité religieuses sur la base de la foi de Nicée.

« L’évêque d’Antioche, Mélèce, qui avait la confiance de Théodose, a présidé tout d’abord le concile ; après sa mort survenue durant le concile, ce fut Grégoire de Naziaze, en sa qualité d’évêque de Constantinople, et après la démission et le départ de Grégoire[48], par son successeur, Nectaire.

 

« L’assemblée réaffirme les principes doctrinaux de Nicée en insistant sur le Saint-Esprit[49], plus qu’on l’avait fait en 325… Elle proclame l’égale divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit et condamna l’arianisme sous ses diverses formes. » (Id. pp. 22-24).

 

Ainsi l’autorité politique exerçait son influence et posait son poids pour faire triompher une doctrine sur une autre sans laisser à la raison son libre arbitre, ni même se soucier de la liberté du culte ou de la pensée.

 

Le rôle de l’autorité politique dans l’établissement de plusieurs cultes ou doctrines est prépondérant dans plusieurs conciles, notamment les sept premiers. Le livre de René Metz donne une image d’ensemble sur ces conciles et souligne l’influence politique, sociale ou même géographique[50] sur leurs résultats.

 

Donc, une doctrine qui ne gagne pas la faveur d’un appui impérial fut sujette à la condamnation, à la destruction de ses églises, à l’interdiction de culte et à la chasse de tous ses représentants ou à leur condamnation à mort.

 

Après cette vue brève de la doctrine de la Trinité et son élaboration au cours des siècles, revenons aux principes philosophiques ou au système de Plotin pour constater l’influence mutuelle entre ce dernier et le Christianisme.

 

Le principe fondamental de la philosophie de Plotin est la théorie de l’émanation ou, mieux, de la procession qui s’appliquent au cheminement par lequel les choses, et d’abord les intelligibles, naissent de l’Un.

 

Le célèbre système des trois hypostases élaborés par Plotin fut expliqué dans les Ennéades, œuvre de Plotin éditée par son disciple Porphyre.

 

Ici nous allons extraire quelques passages de l’étude faite par E. Bréhier sur la philosophie de Plotin et de l’étude faite par J. Trouillard sur la procession plotinienne.

 

« Au sommet, l’Un, d’où procède l’Intelligence, de l’Intelligence, à son tour, procède l’Ame, intermédiaire actif et mobile entre l’Un et la matière. » (E. Bréhier, la philosophie de Plotin, librairie philosophique, Paris, 1961, p.38).

 

« … Sujet pur, l’Un ; sujet séparé idéalement de son objet, l’Intelligence ; enfin, sujet qui s’éparpille et se disperse dans un monde d’objets, l’Ame. Ce sont partout des sujets actifs, à différents degrés d’activité. » (J. Trouillard, la Procession plotinienne, P.U.F. 1955, p. 182).

 

« … Le progrès selon lequel une hypostase naît d’une autre a un caractère permanent, fixe, éternel ; la succession dans laquelle on considère les hypostases n’est qu’un ordre d’exposition, un ordre logique, non pas un ordre temporel. » (E. Bréhier, p. 39).

 

« La notion de l’Intelligence, chez Plotin, est toute pénétrée de naturalisme. L’Intelligence est un dieu, un dieu multiple qui contient tous les autres. Mais pourquoi ? C’est parce qu’elle est le modèle du monde sensible. » (E. Bréhier, p.91).

 

Plotin a dit dans les Ennéades (V, 3, 12) :

 

« L’être qui vient de l’Un ne se sépare pas de lui, bien qu’il ne soit pas identique à lui. » (voir E. Bréhier, p. 164).

 

« L’âme[51], c’est l’esprit considéré en tant que puissance de créer et d’organiser la nature entière…

En dehors de cette référence, il n’y a d’autre différence entre l’âme et l’esprit qu’un degré inférieur d’involution pour l’âme : celle-ci naît de l’esprit comme le plus divisé du moins divisé : l’âme universelle est l’unité de ces forces organisatrices. » (J. Trouillard, op. cit., p. 80).

 

Ce système ainsi défini est marqué par sa ressemblance avec celui du Christianisme dans sa conception générale. Mais la pensée religieuse, qui veut se traduire dans la langue universelle des Grecs, ne se contente plus d’affirmer l’Union du croyant à son Dieu ; elle s’adjoint une explication intégrale des choses, un ensemble de dogmes, comme c’est le cas chez le théologien du quatrième Evangile.

 

C’était un état d’esprit déjà ancien dans le monde grec : le stoïcisme en est le premier exemple, puisque, surtout sous ses dernières formes, il repose sur l’Union intime de l’âme humaine à une raison qui est en même temps le principe de toute réalité. Un autre exemple, extrêmement net, est celui de Philon d’Alexandrie ; chez lui, comme chez Plotin, le culte spirituel, la prophétie, l’extase se mélangent entièrement à une théorie rationnelle du développement des formes de la réalité entre Dieu et le monde sensible.

 

Ce qui est absent dans le système de Plotin c’est l’idée d’un médiateur ou d’un sauveur destiné à mettre l’homme en relation avec Dieu. Cette idée qui manque dans ce système est présente dans le Christianisme. Mais puisque ce système explique en partie le dogme chrétien et lui donne un renfort philosophique, le Christianisme va subir une certaine influence l’amenant à adopter le dogme de la Trinité qui n’était pas encore formulé définitivement. La fin du IIIe et la moitié du IVe siècles vont être les périodes qui favoriseront l’expansion de ce système ainsi modifié. Toutefois, seuls les termes vont être changés. Cela, afin que le dogme soit d’une part, acceptable aux yeux des Chrétiens qui proclamaient déjà la divinité de Jésus et d’autre part, pour se rapprocher de la philosophie grecque, et en particulier du néoplatonisme.

 

Et c’est que les trois termes du systèmes de Plotin correspondent parfaitement aux trois personnes de la Trinité chrétienne.

 

L’Un : le Père

 

L’Intelligence : le Fils

 

L’Ame universelle : le Saint-Esprit.

 

Il est à noter que l’engendrement chez les Chrétiens et la procession qui lui correspond chez Plotin, ne sont pas une naissance dans le temps mais une genèse avant le temps lui-même.

 

A travers cette approche historique et un peu philosophique, nous avons pu connaître les facteurs qui avaient contribué à la formation du dogme chrétien depuis Paul jusqu’au quatrième siècle ; nous avons pu voir le rôle de la culture grecque au cours de trois siècles aussi bien que celui de l’autorité romaine, dans le 4e siècle, dans la constitution et le triomphe du Christianisme existant actuellement[52].

 

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CHAPITRE PREMIER

 

Jésus, sa vie et son œuvre

 

 

 

I. Marie (Mariam) mère de Jésus 

 

Depuis sa naissance et jusqu’à sa puberté, Marie a vécu dans un milieu où régnait une ambiance de piété et de dévouement dans la soumission à Dieu.

 

Avant sa naissance, sa mère a fait un vœu. Il consistait à consacrer le nouveau-né au service de la maison de Dieu et au culte dans les lieux saints (dans le Temple de Jérusalem). Elle espérait avoir ungarçon ; mais elle eut une fille. Malgré ce « contre- espoir », elle persista à vouloir consacrer cette fille au service de la maison de Dieu. Cette initiative et cette persistance dans la soumission bénévole étaient des signes de sa sincérité et de sa dévotion dans le chemin de la piété :

 

« La femme d’Imrân dit : « Mon Seigneur ! Je te consacre ce qui est dans mon sein ; accepte-le de ma part. Tu es en vérité, celui qui entend et qui sait ». (Coran, 3 : 34).

 

Après avoir mis sa fille au monde elle dit : « Mon Seigneur ! J’ai mis au monde une fille. » - Dieu savait ce qu’elle avait enfanté. Un garçon n’est pas semblable à une fille ![53] . « Oui, je l’appelle Marie, je la mets sous ta protection, elle et sa descendance, contre Satan, le réprouvé ». (Coran, 3 : 35-36).

 

Marie a été élevée par un prophète juste et agréable aux yeux de Dieu. Ce prophète, qui n’était que Zacharie père de Jean-Baptiste, l’avait éduqué et l’avait dirigée dans les stades de la dévotion :

 

« Son Seigneur accueillit la petite fille en lui faisant une belle réception ; il la fit croître d’une belle croissance et il la confia à Zacharie. » (3 : 37).

 

Marie a purifié son cœur  de tout péché et de tout mal. Dieu la récompensa, dans ce monde avant l’autre, en lui offrant miraculeusement de la nourriture.

 

Quand Zacharie constata ce qu’elle avait reçu de grâce, son espoir s’éveilla et souhaita avoir un enfant aussi pieux et dévoué que cette jeune fille, même si les conditions naturelles étaient contre son espoir[54] :

 

« Chaque fois que Zacharie allait la voir, dans le Temple, il trouvait auprès d’elle la nourriture nécessaire, et il lui demandait : « O Marie ! D’où cela te vient-il ? » Elle répondit : « Cela vient de Dieu, Dieu donne, sans compter, sa subsistance à qui il veut ». Alors Zacharie invoqua son Seigneur ; il dit : « Mon Seigneur ! Accorde-moi, venant de toi une excellente descendance. Tu es, en vérité, celui qui exauce la prière » (3 : 37-38).

 

Zacharie eut, miraculeusement, un chaste garçon : Jean. Ces faits et ces prodiges qui se déroulaient devant Marie n’étaient que des prémisses pour un événement plus prodigieux encore et plus grave :

 

« Les anges dirent : « Ô Marie ! Dieu t’a choisie, en vérité ; il t’a purifiée ; il t’a choisie de préférence à toutes les femmes de l’univers. Ô Marie ! Sois pieuse envers ton Seigneur ; prosterne-toi et incline-toi avec ceux qui s’inclinent »…Les anges dirent : «  O Marie ! Dieu t’annonce la bonne nouvelle d’un Verbe émanant de lui : Son nom est : le Messie, Jésus, fils de Marie ; illustre en ce monde et dans la vie future ; il est au nombre de ceux qui sont proches de Dieu. Dès le berceau, il parlera aux hommes  tout comme en son âge mûr ; il sera au nombre des justes. » (3 : 42-46).

 

Lorsque Marie entendit cette nouvelle, elle fut bouleversée bien qu’elle eût constaté et vécu beaucoup de miracles et de prodiges : comment, elle, qui n’a pas de mari peut-elle avoir un enfant ? :

 

«  Elle dit : « Mon Seigneur ! Comment aurais-je un fils ? Nul homme ne m’a jamais touchée ». Il dit : « Dieu crée ainsi ce qu’il veut : lorsqu’il a décrété une chose, il lui dit : « Sois ! », et elle « est ». (3 : 47).

 

II. La naissance de Jésus 

 

Marie devenait enceinte de Jésus par le fait du souffle de l’ange Gabriel, l’Esprit de sainteté :

 

« Il dit (Gabriel) : « Je ne suis que l’envoyé de ton Seigneur pour te donner un garçon pur. » (19 : 19).

 

« … et Marie, fille de Imrân, qui garda sa virginité. Nous lui avons insufflé de notre Esprit. » (66 : 12).

 

L’accouchement fut douloureux ; mais il fut accompagné de miracles qui avaient soulagé la jeune mère qui devait faire face à un monde hostile :

 

« Elle devint enceinte de l’enfant, puis elle se retira avec lui dans un lieu éloigné. Les douleurs la surprirent auprès du tronc du palmier. Elle dit : « Malheur à moi ! Que ne suis-je déjà morte, totalement oubliée ! ». Puis on l’appela[55], de dessous d’elle : « Ne t’attriste pas ! Ton Seigneur a fait jaillir un ruisseau à tes pieds. Secoue vers toi le tronc du palmier ; il fera tomber sur toi des dattes fraîches et mûres. Mange, bois et cesse de pleurer. Lorsque tu verras quelque mortel, dit : « J’ai voué un jeûne au Miséricordieux ; je ne parlerai à personne aujourd’hui. » (19 : 22-26).

 

D’ailleurs, cette conception miraculeuse ne pouvait être conçue que lorsqu’on acquitterait la jeune mère par le truchement d’un autre miracle.

 

Après son rétablissement, Marie quitta le lieu de l’accouchement, et se rendit auprès de ses compatriotes avec son enfant. Tout le monde fut surpris ; aussi bien ceux qui connaissaient sa piété et sa dévotion que ceux qui l’ignoraient. Comment une vierge, sans mari, pourrait avoir un enfant sans se livrer à l’adultère ? Et comment une telle pieuse a pu être séduite ? …

 

« Elle se rendit auprès de son peuple, en portant l’enfant. Ils dirent : « Ô Marie ! Tu as fait quelque chose de monstrueux ! Ô sœur d’Aaron[56] ! Ton père n’était pas un homme mauvais et ta mère n’était pas une prostituée. » (19 : 27-28).

 

Mais Dieu lui a fait clémence et lui a accordé miséricorde en transformant la preuve de l’accusation en une preuve de l’innocence ; c’est alors le petit, lui-même, qui va innocenter sa mère ; tout surpris les accusateurs entendaient la déclaration de Jésus :

 

« Elle fit signe au nouveau-né. Ils dirent alors : « Comment parlerions-nous à un petit enfant au berceau ? ». Celui-ci dit : « Je suis, en vérité, le serviteur de Dieu. Il m’a donné le Livre ; il a fait de moi un Prophète ; il m’a béni, où que je sois. Il m’a recommandé la prière et l’aumône – tant que je vivrai – et la bonté envers ma mère. Il ne m’a fait ni violent, ni malheureux. Que la Paix soit sur moi, le jour où je mourrai ; le jour où je serai ressuscité » ( 19 : 29-33).

 

Par cette déclaration Jésus balaya tous les doutes et toutes les accusations qui planaient  autour de Marie.

 

D’autre part, sa déclaration, alors qu’il était dans le berceau, renferme une proclamation solennelle de sa soumission et de sa servitude à Dieu, son Créateur, tout en reconnaissant les bienfaits divins.

 

Mais pourquoi Jésus est-il né sans père ?

 

Le Coran donne la raison de cette extraordinaire et surnaturelle naissance : « Nous ferons de lui un Signe pour les hommes ; une miséricorde venue de nous. Le décret est irrévocable. » (19 : 21).

 

En cherchant le Signe dans la naissance de Jésus sans père, nous pourrions constater trois choses claires :

 

1. La naissance de Jésus sans père est une preuve évidente de la puissance divine d’une part, et de sa libre volonté d’autre part.

 

Ces faits miraculeux prouvent que les lois de la nature, que Dieu lui-même a créées, sont sous sa volonté et sa puissance ; et par conséquent, elles ne peuvent l’empêcher de créer quelque chose en dehors d’ elles.

 

Les lois de la nature qui régissent l’homme et l’univers sont imposées par Dieu ; il est donc parfaitement concevable que celui qui impose les lois peut les annuler dans n’importe quel moment, notamment quand il est libre et puissant.

 

Il est à noter aussi que Dieu ne ressemble en aucune façon aux hommes. Si ces derniers sont régis par les lois de la nature, lui, qui en est libre, peut créer d’autres.

 

En effet, cet événement est un Signe ; mais pour qui ?  Pour tous les hommes possédant « un esprit matérialiste » ; et qui considèrent l’univers comme éternel, ou non crée. C’est donc, pour ces gens, une preuve que Dieu a créé l’univers par sa puissance absolue et sa volonté libre de toute contrainte ou nécessité.

 

2. La naissance de Jésus sans père est une déclaration manifeste que le monde des esprits existe. C’est une preuve pour les gens qui niaient l’existence de l’esprit en croyant que l’homme était un corps matériel sans esprit. A cette réalité s’ajoute celle de l’incrédulité envers la résurrection des morts. Ces deux croyances se trouvaient, en effet, chez les Sadducéens (parti juif).

 

3. La naissance de Jésus sans père est l’accomplissement des modes selon lesquels Dieu a créé l’humanité :

 

Il a créé Adam sans père ni mère.

Il a créé Eve sans mère.

Il a créé toute l’humanité de père et mère.

Et enfin il a créé Jésus sans père.

 

Et c’était ainsi que se sont achevés les modes de la création de l’humanité.

 

 

III. La mission et les miracles de Jésus 

 

Dieu a envoyé Jésus au peuple Israélite pour le délivrer de l’adoration des plaisirs de la vie matérielle, pour lui annoncer la bonne nouvelle et pour diriger les gens vers la vie spirituelle de l’autre monde. Il continua l’œuvre des prophètes précédents et comme eux, il prêcha aux juifs seuls :

 

« … et le voilà prophète, envoyé aux fils d’Israël : … « Me voici, confirmant ce qui existait avant moi de la Torah et déclarant licite pour vous, une partie de ce qui vous était interdit. » (Coran, 3 : 49-50) ; (cf. Matthieu, 10 : 5 ; 8 : 4 ; 15 : 24 ; 23 : 1 ; Marc, 7 : 27).

 

En suggérant des modifications et des atténuations à la loi juive, Jésus, ne pensait pas qu’il la renversait ; « je ne suis pas venu pour abolir la loi de Moïse mais pour l’accomplir » (Matthieu, 5 : 17). (cf. Mathieu, 5 : 18 ; Luc, 16 : 17).

 

Néanmoins, il transformait tout par la force de son caractère et de ses sentiments. Il ajoutait à la loi l’injonction de se préparer pour le royaume par une vie juste, bonne et simple. Il annonce la bonne nouvelle concernant un Prophète après lui s’appelant « Ahmad » (le très-glorieux)[57] :

 

« Jésus, fils de Marie, dit : « O fils d’Israël ! Je suis, en vérité, le Prophète de Dieu envoyé vers vous pour confirmer ce qui, de la Torah, existait avant moi ; pour vous annoncer la bonne nouvelle d’un Prophète qui viendra après moi et dont le nom sera : « Ahmad » (61 : 6).

 

Jésus renforçait la loi par quelques explications et interprétations, tout en adoucissant quelques prescriptions. Il laissait parfois l’impression que la loi juive serait abrogée par la venue du royaume de Dieu (cf., Luc, 16 : 16 ; Matthieu, 5 : 18).

 

Dieu l’avait renforcé d’un nombre important de miracles, comme preuve de la véracité de sa mission prophétique :

 

« Dieu lui enseignera le Livre, la Sagesse, la Torah et l’Evangile ; et le voilà prophète, envoyé aux fils d’Israel : « Je suis venu à vous avec un Signe de votre Seigneur : je vais, pour vous, créer d’argile, comme une forme d’oiseau. Je souffle en lui, et il est : « oiseau », - avec la permission de Dieu – Je guéris l’aveugle et le lépreux ; je ressuscite les morts – avec la permission de Dieu – Je vous dis ce que vous mangez et ce que vous cachez dans vos demeures. Il y a vraiment là un Signe pour vous, si vous êtes croyants. » (3 : 48-49).

 

« Jésus, fils de Marie, dit : « Ô Dieu, notre Seigneur ! Du ciel, fais descendre sur nous une Table servie ! Ce sera pour nous une fête, - pour le premier et le dernier d’entre nous – et un signe venu de toi. » ( 5 : 114).

 

Pourquoi les miracles de Jésus étaient-ils de ce genre[58] ?

 

A l’époque de Jésus les idées matérialistes pullulaient parmi les Juifs. La croyance en l’autre monde était faible chez certains, inexistante chez d’autres. Pour guider les gens vers une meilleure conduite il fallait d’une part qu’ils renonçassent aux plaisirs de ce monde et d’autre part qu’ils crûrent véritablement à la vie ultérieure. Pour les convaincre de sa mission, afin qu’ils le suivent, Jésus exposait ces miracles, preuves matérielles.

 

 

IV. Jésus et les Juifs 

 

A l’époque de Jésus les Juifs étaient sous la domination romaine. Avides d’or et d’argent les religieux tiraient profit de toute personne se rendant au Temple pour l’exécution d’un acte religieux, quand même était-il pauvre. Se croyant héritiers des prophètes, ils exigeaient l’obéissance du peuple, et formaient à partir de ces deux moyens une sorte d’aristocratie religieuse :

 

« Ceux qui, parmi les fils d’Israël, ont été incrédules, ont été maudits par la bouche de David et par celle de Jésus, fils de Marie ; parce qu’ils ont été rebelles, parce qu’ils ont été transgresseurs. Ils ne s’interdisaient pas mutuellement les actions blâmables qu’ils commettaient… Tu verras un grand nombre d’entre eux s’allier avec les impies. » (Coran, 5 : 78-80).

 

Toutes les sectes juives, excepté les esséniens, s’opposaient à la mission de Jésus. Les prêtres du Temple et les membres du Sanhédrin surveillaient son activité. Ils y voyaient un danger. Ils craignaient, peut-être, une révolution politique dont ils seraient responsables devant le procureur romain.

 

Jésus à son tour stigmatisait leur conduite, non conforme à la loi, et leur hypocrisie qui voulait substituer la piété extérieure à la grâce interne. Il les accusait d’avoir donné une grande importance à des actes qui ne figurent pas dans la loi ; mais qui ne sont que des traditions et des coutumes qui ne formaient en aucune manière l’essence de la religion.

 

En voyant le nombre de ses disciples s’accroître et sa réputation prendre de l’ampleur, les Juifs complotèrent contre lui.

 

Premièrement, ils ont essayé de le harceler par des questions déconcertantes afin de le mettre dans l’embarras et causer, par la suite, la dispersion de ses disciples.

 

Deuxièmement, au moyen de questions-pièges, les Juifs essayaient de démontrer à travers les réponses de Jésus, que ce dernier était contre le gouvernement romain.

 

Mais Jésus, par la sagesse qu’il a reçue, savait se tirer de toute intrigue. Il répondait d’une manière correcte tout en évitant de provoquer la colère du gouvernement romain contre lui et ses disciples.

 

Cependant, ils voulaient lui « régler son compte » par n’importe quel moyen. Le grand prêtre et la majorité du Sanhédrin se mirent d’accord pour l’arrestation de Jésus en l’accusant de former une opposition et même inciter à une insurrection contre le gouvernement. Ils avaient l’intention de le mettre à mort ; mais « les fils d’Israël rusèrent (contre lui). Dieu ruse aussi ; Dieu est le meilleur de ceux qui rusent. » (Coran, 3 : 54).

 

Dieu, alors, a mis la ressemblance de Jésus sur un autre[59]. Ce dernier fut arrêté, ensuite condamné et crucifié. Les juifs croyaient qu’ils avaient crucifié Jésus alors qu’il fut élevé au ciel :

 

« Nous les avons punis parce qu’ils n’ont pas cru, parce qu’ils ont proféré une horrible calomnie contre Marie et parce qu’ils ont dit : « Oui, nous avons tué le Messie, Jésus, fils de Marie, le Prophète de Dieu ». Mais ils ne l’ont pas tué ; ils ne l’ont pas crucifié, son sosie a été substitué à leurs yeux… mais Dieu l’a élevé vers lui. Dieu est puissant et juste. » (Coran, 4 : 157).

 

 

V. Jésus reviendra-t-il sur terre Avant la fin du monde ? 

 

La majorité des exégètes du Coran, en interprétant deux versets coraniques qui font allusion à cette question, sont d’accord sur le retour de Jésus.

 

Ces deux versets sont :

 

« Il n’y a personne, parmi les gens du Livre, qui ne croie en lui (c'est-à-dire en Jésus), avant sa mort et il sera un témoin contre eux, le Jour de la Résurrection. » (3 : 159).

 

« Jésus est, en vérité, l’annonce de l’Heure » (43 : 61).

 

En effet, les propos (Hadith) du prophète Mohammad confirment cette interprétation. On en trouve un nombre assez important, dispersés ça et là dans les différents recueils de la tradition prophétique. En supprimant les « Hadith » qui sont plus ou moins solides en ce qui concerne leurs chaînes de rapporteurs, il reste, quand même, une quantité considérable de « Hadith » authentiques, que l’on peut avec certitude attribuer au Prophète.

 

De ces « Hadith » nous pouvons dégager des traits se rapportant à notre question.

 

Quand la terre sera remplie d’injustice et de mécréance, un homme appelé Addajjâl (l’Imposteur), (l’Antéchrist et l’Antichrist), point culminant de l’erreur, sortira de l’Est pour séduire les hommes. Il prétendra être Dieu lui-même et opèrera un certain nombre de miracles pour prouver aux gens la véracité de sa prétention. Il parcoura le monde entier, à l’exception de la Mecque, Médine et Jérusalem, et entrera dans chaque ville et dans chaque village, appelant à son mensonge et contraignant les croyants à l’adorer. Une grande part de son armée sera composée de Juifs. Il combattra âprement les Musulmans. Mais quand il arrivera à la Palestine et plus exactement à la banlieue de Jérusalem, Jésus descendra du ciel, porté par des anges. Il tuera l’Antéchrist. Avec lui, les Musulmans sous la direction d’Al Mahdi, calife de l’époque, combattront l’armée de l’Antéchrist. Après la défaite de cette armée, Jésus en collaborant avec le calife musulman répandra la religion islamique dans le monde entier. Après sa mort, le monde retombera dans la mécréance, et alors arrivera la fin du monde.

 

 

VI. Jésus a-t-il été réellement crucifié et tué ? 

 

Le Coran affirme que Jésus n’a été ni crucifié ni tué. Ce fait coranique est tout à fait contradictoire avec l’enseignement de l’Eglise. Celle-ci donne une grande valeur à cette question parce qu’elle constitue le bien-fondé et le sens même de la doctrine chrétienne.

 

Par ailleurs, ce principe de crucifiement peut-il résister à la critique textuelle ? Peut-il être un fait historique et une réalité compatible à la religion ?

 

Quant au principe de la rédemption, nous en parlerons dans les pages suivantes ; Ici nous nous bornons à examiner la principale doctrine : le crucifiement.

 

Ce crucifiement a été rapporté par les évangélistes ainsi que par les auteurs des épîtres. Dans l’introduction et dans la première partie nous avons constaté les contradictions, les divergences et les invraisemblances que renferme le Nouveau testament. De même nous avons pu voir la valeur de la transmission des textes. Nous avons aussi souligné avec les théologiens chrétiens que ces textes ne représentent que l’écho de la communauté chrétienne primitive.

 

D’autre part dans un autre endroit nous avons vu que la lutte entre les différents courants au sein du Christianisme était ardente, et que la doctrine de la Trinité n’a pas été formée dès le début une fois pour toutes ; mais elle a été élaborée durant trois siècles. En outre nous avons démontré quels étaient les facteurs qui ont pu déformer, modifier et influencer la religion du Christ. Et nous avons enfin illustré le rôle des conciles et du pouvoir politique dans le triomphe de la doctrine chrétienne actuelle.

 

Tous ces faits nous ont ramenés à scruter les textes du Nouveau Testament d’une part, pour estimer leur valeur historique, et d’autre part, pour évaluer leur compatibilité avec les principes même du Christianisme.

 

Après cet examen, nous sommes convaincus que la personne qui a été crucifiée n’était pas Jésus. Diverses preuves confirment alors le fait coranique :

 

1. Aucun témoin oculaire ne pouvait nous affirmer ce qui c’était passé réellement au moment de l’interrogatoire de l’homme qui devait être crucifié, soit devant le Sanhédrin des Juifs, soit devant Pilate, le gouverneur romain.

 

Pierre était dans la cour, comme l’avaient rapporté les évangélistes, ce qui affirme que personne parmi les compagnons de Jésus n’avait vraiment assisté au questionnaire pour pouvoir identifier la personne condamnée. La simple ressemblance remarquée de loin n’est pas suffisante. Ajoutons à cette critique partielle, les autres qui montrent la relativité de la transmission des faits réels concernant la vie et la mission de Jésus, mis en doute même par les spécialistes chrétiens des Ecritures saintes.

 

2. Les récits concernant plusieurs actes et événements qui se sont déroulés avant ou après le crucifiement, prouvent que l’authenticité de ces récits perd de sa valeur :

 

a) Ce qu’on a donné à boire à l’homme crucifié, diffère selon les récits des évangélistes. D’autre part certains ont rapporté qu’il a bu, d’autres ont rapporté qu’il ne l’a pas bu.

 

b) Ce qui est inscrit sur l’écriteau n’est pas retenu exactement.

 

c) Les évangélistes ne sont pas d’accord sur l’heure de sa mort.

 

d) Et sur les conséquences de sa mort.

 

e) Ni sur les paroles qu’il a dit avant de rendre l’âme.

 

f) Ils sont en désaccord sur ce que lui avaient dit les deux brigands crucifiés avec lui.

 

g) Ils sont en désaccord sur le jour de la mort, de la résurrection et sur la durée du corps dans la tombe.

 

h) La façon de la résurrection diffère d’un évangéliste à l’autre. Aussi le moment de la résurrection et les personnes qui y ont assisté.

 

i) Les apparitions de ce ressuscité dans un tel endroit, diffèrent d’un évangéliste à l’autre.

 

j) La durée de ce Ressuscité sur terre diffère d’un évangéliste à l’autre.

 

 

3. La parole qu’avait prononcée l’homme crucifié prouve que cette personne n’était pas Jésus.

 

Mathieu (27 : 46) et Marc (15 : 34) rapportent que cet homme avant de mourir a crié en disant :

 

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

 

Cette expression suggère trois hypothèses[60] :

 

a) La première consiste à faire croire que Dieu a promis à cet homme de le délivrer de ses ennemis mais que Dieu a manqué son engagement et a laissé son serviteur subir les tortures et enfin la mort.

 

b) La seconde consiste à faire croire que Dieu ne lui a donné aucune promesse ; mais c’est seulement par dureté qu’il l’a abandonné à ses ennemis.

 

c) La troisième donne l’impression que cet homme, en demandant à Dieu pourquoi il l’a abandonné, a mérité vraiment cet abandon et a subi les conséquences de sa méchanceté.

 

La personne qui avait prononcé cette phrase ne pourrait être Jésus, et cela dans aucune de ces trois hypothèses ; car ce sont des paroles d’impiété qui montrent que celui qui les avait formulées blasphémait contre Dieu et ne voulait pas se résigner à sa volonté.

 

Un simple croyant, parmi les Chrétiens ou autres, ne prononce pas ce genre de blasphèmes ; comment peut-on croire que cela était un acte de piété formulé par un prophète, sinon par le fils de Dieu comme disent les Chrétiens ?

 

Dans toute l’histoire des religions, nous ne connaissons pas un croyant, notamment de prophètes, qui aurait reproché à Dieu de l’avoir abandonné parce que ses ennemis l’avaient condamné à mort.

 

Et si ce genre de croyants existe, c’est qu’alors leur foi est pratiquement inexistante.

 

Pour notre part cela nous persuade que l’homme crucifié ne pouvait être Jésus.

 

4. Le témoignage de Barnabas (ou Barnabé) dans son Evangile (déclaré apocryphe par l’Eglise) dit que c’est Judas Iscariote qui a été crucifié, car Dieu l’a revêtu de la ressemblance à Jésus. Barnabas précise que les Apôtres et les disciples ont cru que le crucifié était effectivement Jésus. Il affirme cependant que sans la descente de Jésus du ciel pour leur révéler la réalité de ce qui s’est passé, ils seraient demeuré dans l’erreur. En effet, des sectes chrétiennes croyaient que Jésus n’a pas été crucifié, comme les Modalistes et les Gnostiques.

 

 

VII. La Rédemption entre l’Ecriture et la raison 

 

Le Coran, dans plusieurs passages, en racontant la vie d’Adam, montre que Dieu lui a pardonné sa faute et a accepté sa repentance.

 

« Adam désobéit à son Seigneur, il était dans l’erreur. Son Seigneur l’a ensuite élu ; il est revenu vers lui et il l’a dirigé. » (Coran, 20 : 121-122 ; voir aussi, 2 : 37).

 

Donc, selon le Coran, le péché originel, sur lequel se base tout le Christianisme, n’existe pas. Il était une fois, puis après la repentance d’Adam tout est effacé.

 

1. La Rédemption ; doctrine paulinienne

 

Le pivot de la doctrine paulinienne, autour duquel gravitent les éléments secondaires, est le principe de la rédemption, à cause du péché originel.

 

Le but, comme il en sort des écrits de Paul, était de justifier d’une part, la pseudo-mort de Jésus et d’autre part la rupture avec la loi de Moïse.

 

Paul, s’est efforcé de justifier la rédemption, et pour convaincre il dut user de plusieurs moyens.

 

Il a tenté, en premier lieu, d’interpréter quelques passages de l’Ancien Testament de façon à ce qu’ils s’appliquent à Jésus ; bien que ces passages contiennent des notions vagues qui peuvent être appliquées à plusieurs autres personnes.

 

En second lieu, il a déployé sa capacité intellectuelle et son ingéniosité pour prétendre que la rédemption est, d’une part, une nécessité pour l’humanité entière à cause du péché originel, et elle est d’autre part, une manifestation de la miséricorde divine.

 

Pour découvrir les origines de cette doctrine nous renvoyons le lecteur à l’introduction de cette partie où nous avons esquissé à Paul un portrait tiré des faits historiques et non de ses épîtres elles-mêmes, à l’exception bien sûr de quelques idées.

 

A présent, nous allons nous référer aux épîtres de Paul afin de mieux connaître ce personnage.

 

 

2. La personnalité de Paul selon ses épîtres

 

a) L’enseignement des Apôtres avait-il influencé

la doctrine paulinienne ou non ?

 

Paul, qui a prétendu être l’apôtre des païens, n’a rencontré, trois ans après sa conversion, que deux Apôtres ; avec l’un d’eux, Pierre, il n’est resté que quinze jours. (Galates, 1 : 17-19).

 

Quatorze ans plus tard il a essayé d’exposer son Evangile aux Apôtres pour avoir leur faveur. Seul son témoignage montre qu’il a reçu leur approbation. (Galates, 2 : 1-10 ; 1 : 11-12 ; Romains, 2 : 16 ; 2Timothée, 2 : 8 ; Thessaloniciens, 1 : 4-5 ).

 

En outre, il a écrit que c’est par révélation qu’il avait eu connaissance du mystère du Christ (Ephésiens, 3 : 3-13).

 

A partir de ces faits, nous soulignons que l’enseignement des Apôtres n’a pas eu de grandes influences sur les doctrines avancées par Paul.

 

Déjà qu’il a prétendu avoir reçu par révélation un Evangile propre à lui d’où il puisait ses doctrines. Mais relativement à cette thèse, des questions se posent :

 

* Pourquoi Paul a-t-il essayé d’exposer son Evangile aux Apôtres (Galates, 1 : 2) ?

 

Si cet Evangile est vraiment une révélation de Jésus (Galates, 1 : 12) pourquoi l’avait-t-il mis en doute en l’exposant aux hommes ? Pourquoi avait-t-il cherché à ce que les hommes apprécient la valeur de son Evangile ?

 

Paul, semblait être incertain et peu confiant en cette révélation. Ou alors est-ce simplement une pure prétention pour donner à sa doctrine une force comparable à celle des doctrines des Apôtres ?

 

* Cet Evangile diffère-t-il des autres ?

 

Nous n’en savons rien ; mais ce qui est certain, selon les épîtres de Paul, c’est que ce dernier s’y réfère lorsqu’il prêche une doctrine qui peut choquer les autres ou être en contradiction avec l’enseignement des Evangiles prêchés par d’autres. Maintes fois il dit : « selon mon Evangile » (Romains, 2 : 16 ; Galates, 1 : 11-12 ; 2 Timothée, 2 : 8).

 

b) Paul attaque les prédications adverses

 

Dans ses épîtres il s’acharne à attaquer les prédicateurs qui détruisaient sa prédication. Il les accuse d’être de faux apôtres. Le plus plausible, c’est que ces prédicateurs auraient été des Judéo-chrétiens qui s’attachaient aussi bien à la loi de Moïse qu’à la prédication de Jésus. Les épîtres de Paul offrent cette impression et laissent croire qu’il y eût un conflit ardent entre ces deux courants :

(Galates, 1 : 6-9 ; 2 Corinthiens, 11 : 1-6 ; 12 :11 ; 1 Timothée, 1 : 3-11).

 

Pour barrer le chemin à ces prédicateurs et pour convaincre ses nouveaux convertis dans diverses provinces, Paul prétendit être supérieur à ces apôtres qui prêchaient une doctrine contraire à la sienne (Philippiens, 3 : 2-3).

 

Il a même prétendu livrer à Satan ceux qui ont abandonné sa doctrine pour d’autres (1 Timothée, 1 : 19-20). Est-il un Dieu pour pouvoir le faire ?

 

Dans d’autre cas, il menace les convertis, influencés par les autres prédicateurs, d’un châtiment terrible s’ils persistent dans leur attachement à leur prédication tout en tournant le dos à la sienne.

 

c) Paul a-t-il été sincère ?

 

La duplicité de Paul, son mensonge même, qu’il a confessé dans ses épîtres, suggèrent-ils qu’il aurait été un imposteur ?

 

Quelques incidents, en effet, peuvent être retenus comme un appui à cette suggestion ; mais, en revanche, les sacrifices de Paul peuvent soutenir la thèse contraire.

 

Cependant, quand il y a un but à réaliser contre une religion, bien qu’on n’y adhère pas on déploie de très importants sacrifices. L’histoire ancienne et moderne offre de multiples exemples de ce genre d’hommes.

 

Dans cette dernière perspective, Paul serait sincère avec soi-même, vu le but à réaliser.

 

Mais quel est ce but ?

 

Peut-être était-ce de combattre les prédicateurs qui voulaient montrer une vérité cachée, et d’interpréter les textes sacrés de façon à ce qu’ils aident à cacher cette vérité[61].

 

Dans une autre perspective,  celui qui croit fermement en ce qu’il prêche, même s’il est dans l’erreur, sacrifiera tout pour sa prédication. Peut-on, selon ce point de vue, placer Paul dans ce cadre ?

 

A vrai dire, Paul est un personnage ambigu, sujet à des jugements contradictoires.

 

Mais les incidents qui dévoilent, selon nous, sa contradiction, sa duplicité, et même son hypocrisie sont :

 

* Il accusa Pierre (et d’autres disciples de Jésus) de l’hypocrisie, lorsque ce dernier se retira de la table des païens de peur d’être critiqué par les Judéo-chrétiens (Galates, 2 : 11-14). Cependant, cette grave accusation peut, en effet, revenir sur Paul lui-même, car dans plusieurs situations, surtout si nous tenons compte de sa confession, il s’était comporté de la même manière.

 

D’après les Actes des Apôtres (21 : 17-26), il a accepté et a même jugé bon de se comporter selon les coutumes des Juifs à Jérusalem afin de ne pas les choquer et pour leur montrer qu’il n’était pas contre la loi.

 

* Dans la 1e épître aux Corinthiens il avoue qu’ « avec les Juifs, j’ai été comme juif ; afin de gagner les Juifs. Avec ceux qui sont sous la loi, comme sous la loi – et portant je ne suis pas moi-même sous la loi – afin de gagner ceux qui sont sous la loi ; avec ceux qui sont sans loi, comme sans loi – et pourtant je ne suis pas moi-même sans la loi de Dieu, sans étant sous la loi du Christ – afin de gagner les faibles. Je me suis fait tous à tous, afin d’en sauver de toute manière quelques-uns. » (9 : 20-22).

 

Donc ou bien Paul dans son accusation contre Pierre était sincère ; par conséquent il aurait condamné sa propre conduite à Jérusalem. Ou bien il ne l’était pas ; et ceci laisserait croire qu’il se comportait comme un hypocrite pour des intérêts tout au moins propres à lui.

 

Ou bien encore, son témoignage contre Pierre, était tout simplement un mensonge afin de montrer à ses disciples son hardiesse en s’attaquant aux Juifs et en contrariant leurs coutumes. Et tout ceci pour obtenir la faveur des païens et garantir leur persistance dans la prédication et les doctrines qu’il leur avait prêchées.

 

 

d) Pourquoi Paul avait-il attaqué la loi de Moïse ?

 

Comme nous l’avons dit, Paul usa de cette doctrine pour rompre avec la loi de Moïsebien que Jésus dans plusieurs situations déclarât qu’il n’était pas venu pour abolir la loi ou les prophètes (c'est-à-dire l’Ancien Testament) mais pour les accomplir. Il ordonna aux Juifs de s’adapter à la loi de Moïse et de la pratiquer tout en avançant quelques allégements ou restrictions : Matthieu, 5 : 17-20 ; 27-28 ; 6 : 1-6 ; 7 : 12 ; 19 : 18 ; 23 : 2-3.

 

En effet, le chapitre 23 de l’Evangile de Matthieu, contenant des attaques contre les scribes et les pharisiens montre que Jésus est venu pour réformer la religion voilée et déformée par ses représentants.

 

Par ailleurs, Jésus naquit sous la loi, se plia au rite du baptême, impliquant la confession des péchés et la repentance (Matthieu, 3 : 6-11) vécut dans une parfaite obéissance à la loi, l’enseigna aux Juifs, la faisant respecter par ceux qui prétendaient lui obéir. Il n’y a donc aucune contradiction entre la foi en Jésus et la soumission à la loi, tout en suivant les interprétations et les restrictions qu’il a avancées.

 

Jésus réaffirme que la loi de Moïse, concernant le royaume promis dans l’Ancien Testament, sera la code régissant le royaume à venir sur la terre[62] (Matthieu, 5 : 17). Aussi, l’attitude des hommes à l’égard de la loi de Moïse déterminera-t-elle leur position dans le royaume (Matthieu, 5 : 19).

 

Mais Paul prétendit que la justification par la foi qui est la nouvelle alliance est plus glorieuse que la loi de Moïse. Alors que cette dernière est faible, inutile et entraîne le péché. Cependant, l’intervalle entre la disparition de Jésus et son retour pour établir le royaume sur la terre, serait-il régi par un principe meilleur que celui qui régira le royaume ?

 

Cette loi faible et inutile serait-elle alors le code du royaume au sein duquel il n’y aura que les justes ? Et cette loi, dans le royaume, entraînera-t-elle, alors, le péché ? Il apparaît donc que, pour convaincre ses convertis, Paul tomba dans des erreurs l’opposant à l’enseignement de Jésus lui-même.

 

 

3. La thèse de Paul sur la Rédemption est-elle solide ?

 

Les pseudo preuves que Paul a essayées d’étaler ne peuvent être acceptables lorsque l’on démontre son incompatibilité soit avec la raison soit avec l’Ecriture à laquelle Paul se réfère souvent pour appuyer sa thèse.

 

En premier lieu, celui qui ne croit pas en un seul prophète ou en un seul livre de l’Ancien Testament, est considéré une personne incrédule. De même, pour celui qui ne croit pas en Jésus. Donc il n’y a aucune distinction entre Jésus et les autres prophètes et entre le Nouveau Testament et l’Ancien ; puisque la foi, dans les deux cas, est la base de la justification. Alors que les bonnes œuvres sont reléguées au second plan.

 

D’autre part, des hommes justes, avant Jésus, sont sauvés par leur foi ferme, comme Abraham et les autres prophètes, sans qu’ils soient sauvés par Jésus. Tout ceci implique que la cause de la justification et du pardon du péché n’est pas la mort de Jésus mais la foi.

 

Suivant cette déduction pourquoi n’a-t-on pas ordonné de croire en Jésus comme prophète (ce que lui-même, en effet, a demandé) et non comme tué, puisqu’en fin de compte c’est la foi qui a la valeur et qui compte et non pas sa mort. En réalité, Jésus a montré que la foi en lui comme prophète de Dieu avec les bonnes œuvres sont les bases du salut et du pardon et non pas la foi en sa pseudo mort.

 

Mais qu’est-ce que le péché ?

 

N’est-ce pas la transgression des commandements et des prescriptions divins ?

 

Quiconque, avant ou après Jésus, transgresse les commandements et les prescriptions divins, est considéré comme pécheur et sous le règne du péché. En revanche, quiconque se soumet et obéit à Dieu est considéré comme juste et libéré du péché.

 

La colère divine se manifestant contre les gens, avant et après Jésus, ce n’est que parce qu’ils commettent des œuvres mauvaises. Ceux des Chrétiens qui font les péchés sont eux-mêmes exposés à la colère divine et n’hériteront pas dans le royaume de Dieu comme disait Paul lui-même (Ephésiens, 5 : 4-7).

 

Donc, aucune différence entre les deux époques, antérieure ou postérieure à Jésus ; car la même justice est appliquée sur les gens des deux époques. Selon leur foi ou leur incrédulité et selon leurs œuvres bonnes ou mauvaises, ils recevront, respectivement, les récompenses ou les châtiments[63].

 

D’autre part, l’esclavage au péché duquel parle Paul (Romains, 7 : 14-25), peut arriver selon cette perspective, et arrive certainement sous le règne de la foi. Et la foi seule, selon Paul, ne peut pas sauver sans œuvres bonnes (Galates, 5 : 19-21 ; Colossiens, 3 : 5-11).

 

Paul prétend que le péché sous la loi conduit à la mort et que la loi est un provocateur du péché (Romains, 7 :7-13).

 

Cette conception peut être appliquée aussi à la foi ; car celui qui a la foi et commet des œuvres mauvaises n’héritera pas, comme dit Paul, dans le royaume de Dieu. Les générations qui pèchent sous le règne de la foi ne se distinguent pas de celles qui péchaient sous la loi. Les deux perdront et sont conduits à la mort.

 

D’autre part, sous le règne de la foi, qui a provoqué les hommes à faire ces péchés ?

 

Un chrétien ne peut dire que la foi l’a provoqué à se livrer aux péchés ; en effet la même chose pour celui qui est sous la loi ; il ne peut dire que c’est la loi qui l’a poussé à pécher.

 

Par ailleurs, Paul avait prétendu que les interdictions figurant dans la loi sont les provocateurs du péché (Romains, 7 : 7) ; mais en revanche peut-on prétendre qu’il n’y a pas d’interdiction dans le Christianisme ?

 

En réalité, elles sont nombreuses, et Paul en cite plusieurs. Peut-on dire alors que ces interdictions provoquent le péché sous le règne de la foi ?

 

Un vrai chrétien ne peut le prétendre. Donc puisqu’il n’existe pas de différence entre les deux genres d’interdictions, que la manière de les présenter est la même, qu’ils aboutissent aux mêmes résultats, pourquoi a-t-on fait cette distinction entre les deux ?

 

Cependant, Paul avoua que la loi est bonne et juste (Romains, 7 : 7-8) ; mais elle conduit à la mort ; Paul a oublié que ce qui est bon et juste conduit à la bonté et à la justice et non pas à la méchanceté et à l’injustice.

 

Dans une autre perspective, la foi en Jésus va-t-elle supprimer et extirper définitivement le péché du cœur de l’homme ou non ?

 

La réponse est facile ; la conduite des Chrétiens démentit, dément et démentira cette prétention.

 

Si on envisage, autrement, les faits religieux, on peut dire que tous les prophètes sont venus pour le salut et la rédemption de leurs peuples. Jésus, en effet, est venu pour le salut du peuple juif. De son vivant, Jésus ne demandait des gens que la foi et les bonnes œuvres et proclamait que telle ou telle personne avait reçu le pardon de ses péchés sans qu’il exige de lui ce que Paul prétendit plus tard.

 

En ce qui concerne la pseudo mort de Jésus considérée par Paul comme moyen du salut de l’humanité, peut-on mettre au même niveau et pour le même but la mort de plusieurs prophètes avant Jésus ?

 

Cependant, ce péché originel dans sa perspective paulinienne n’existe pas. Il y avait, en effet, un péché : mais il n’engage pas toute l’humanité dans une voie sombre et n’impose pas aux hommes ce qu’ils n’avaient pas fait. L’Ancien Testament lui-même tranche ce problème et montre clairement que les fils n’ont pas de responsabilité dans les péchés des parents et vice-versa ; dans Ezéchiel, il est écrit :

 

« Vous dites : Pourquoi le fils ne porte-t-il pas l’iniquité de son père ? C’est que le fils a agit selon la droiture et la justice… ; Il vivra. L’âme qui pèche, c’est celle qui mourra. Le fils ne portera pas l’iniquité de son père et le père ne portera pas l’iniquité de son fils. La justice du juste sera sur lui, et la méchanceté du méchant sera sur lui. Si le méchant revient de tous les péchés qu’il a commis, s’il observe toutes mes lois et pratique la droiture et la justice, il vivra, il ne mourra pas. Toutes les transgressions qu’il a commises seront oubliées ; il vivra, à cause de la justice qu’il a pratiquée. » (Ezéchiel, 18 : 19-22).

 

Et dans les proverbes, 21 : 18 « Le méchant sert de rançon pour le juste » et non pas le juste pour le méchant comme voulait prétendre Paul.

 

En outre, Jésus qui est descendant d’Adam héritera nécessairement de sa mère Marie, du péché originel. Donc lui-même, sous le règne du péché, n’est pas l’homme parfait qui sauvera l’humanité et la libèrera du péché.

 

Ce qui confirme ce raisonnement s’est la déclaration de Jésus lui-même en disant qu’un seul est bon ; c'est-à-dire Dieu (Matthieu, 19 : 17).

 

Mais Dieu a-t-il vraiment besoin de livrer son fils pour être tué afin de sauver l’humanité ?

 

Pourquoi n’a-t-il pas pardonné aux pécheurs, lui qui est le Miséricordieux, sans qu’il livre son fils à la mort ?

 

Et, serait-il juste lorsqu’il avait livré une personne qui n’avait rien fait pour porter le fardeau des autres ?

 

Et pourquoi n’a-t-il pas envoyé Jésus au début des temps afin de sauver les générations passées ? S’il l’avait fait il serait plus indulgent et plus compatissant ?

 

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CHAPITRE II 

 

 

La servitude de Jésus à Dieu

Entre le texte et la raison 

 

 

 

I. L’Ecriture 

 

Le Coran, pour persuader les gens, notamment les Chrétiens, s’est basé sur deux principes élémentaires de la recherche scientifique moderne ; le texte transmis et la raison.

 

Le Coran a usé de ces deux procédés pour convaincre et démontrer à ceux qui ont l’esprit ouvert et non influencé par les interprétations erronées et traditionnelles, que Jésus n’est qu’un simple être humain, un prophète comme les autres.

 

D’ailleurs, une autre méthode fut proposée aux Chrétiens qui ne voulaient pas se  servir des deux principes précités. On a ordonné, dans le Coran, au Prophète Mohammad d’appeler ces gens pour faire une exécration réciproque en appelant une malédiction de Dieu sur les menteurs[64].

 

 

La servitude de Jésus à Dieu

D’après les paroles de Jésus

 

Le Coran, en transmettant les dires de Jésus et en exposant les discours que Jésus a prononcés, veut affirmer et illustrer que Jésus n’a jamais appelé les gens à l’adorer ou leur a imposé de l’appeler Dieu :

 

« Je suis venu à vous avec un Signe de votre Seigneur ;  - craignez-le et obéissez moi – Dieu est , en vérité mon Seigneur et votre Seigneur : servez-le : c’est là le chemin droit. » (3 : 51) voir aussi 19 : 30, 36 ; 5 : 116.

 

Cette déclaration du Coran à propos de Jésus est, en effet, une réalité qu’on peut tirer du Nouveau Testament même.

 

Quand on examine attentivement le Nouveau Testament pour connaître la personnalité de Jésus on constate qu’il était effectivement un être humain, obéissant à Dieu, soumis à sa volonté, le prie, l’adore et demande aux gens d’en faire autant.

 

Pourtant nous citons les textes qui montrent que Jésus était tout simplement un serviteur de Dieu, envoyé par lui comme les autres prophètes :

 

 

Jésus est un envoyé de Dieu

 

« … Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ[65]. » (Jean, 17 : 3).

 

Jésus, avait montré, selon ce verset que la vie éternelle consiste à reconnaître Dieu comme étant le seul vrai Dieu et que Jésus est son envoyé. Il n’avait point dit que la vie éternelle consiste à reconnaître que Jésus est un Dieu ou qu’il  est un homme et en même temps un Dieu ou qu’il y a trois personnes qui sont Dieu. Ce qui implique que celui qui confesse le contraire de ce qui est dit dans ce verset est dans la perdition éternelle.

 

 

Jésus est rempli de l’Esprit Saint comme les autres prophètes :

 

« Jésus, rempli d’Esprit Saint, revint du Jourdain et fut conduit par l’Esprit dans le désert… » (Luc, 4 : 1).

 

 

Son enseignement vient de Dieu et non pas de lui-même

 

« Jésus leur répondit : Mon enseignement n’est pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé. Si quelqu’un veut faire sa volonté, il reconnaîtra si cet enseignement vient de Dieu, ou si mes paroles viennent de moi-même. Celui dont les paroles viennent de lui-même cherche sa propre gloire ; mais celui qui cherche la gloire de celui qui l’a envoyé est vrai, et il n’y a pas d’injustice en lui. » (Jean, 7 : 16-18).

 

 

Il fait la volonté de Dieu

 

« Jésus leur dit : Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. » (Jean, 4 : 34)/

 

« Moi, je ne peut rien faire par moi-même : selon ce que j’entends, je juge ; et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. » (Jean, 5 : 30 ; cf., Jean, 8 : 28-29 ; 12 : 49-50 ; 14 : 28, 31 ; 15 : 10).

 

 

Dieu lui a donné la vie

 

« … En effet comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils d’avoir la vie en lui-même. » (Jean, 5 : 26).

 

 

Le pouvoir de Juger est un don divin

 

« … et il lui a donné le pouvoir d’exercer le jugement, parce qu’il est le Fils de l’homme. » (Jean, 5 : 27).

 

 

C’est par la puissance de Dieu que Jésus chasse les démons

 

« Mais, si c’est par le doigt de Dieu que moi je chasse les démons, le royaume de Dieu est parvenu donc jusqu’à vous. » (Luc, 11 : 20).

 

 

La grâce qu’il a, vient de Dieu

 

« Or le petit enfant (Jésus) grandissait et se fortifiait ; il était rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui. » (Luc, 2 : 40).

 

 

Jésus n’est qu’un serviteur de Dieu

 

Satan a tenté Jésus mais celui-ci a réussi à sortir vainqueur de cette tentation ; la question qui se pose : un Dieu peut-il être tenté par Satan (simple créature de Dieu) ?

 

« Le diable l’emmena plus haut, lui montra en un instant tous les royaumes du monde et lui dit : je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes ; car elle m’a été remise, et je la donne à qui je veux. Si donc tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi. Jésus lui répondit : Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et, à lui seul, tu rendras un culte.

Le diable le conduisit encore à Jérusalem, le plaça sur le haut du temple et lui dit : si tu es Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas, car il est écrit : il donnera pour toi des ordres à ses anges afin qu’ils te gardent ; … Jésus lui répondit : Il est dit : Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu. » (Luc, 4 : 5-12).

 

Les réponses de Jésus montrent qu’il n’était qu’un être humain obéissant à la volonté divine.

 

 

Jésus n’est pas omniscient

 

« Pour ce qui est du Jour ou de l’Heure, personne ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais le Père seul. » (Marc, 13 : 32).

 

 

Jésus est comme les autres prophètes

 

« Il leur dit encore : En vérité, je vous le dis, aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie. » (Luc, 4 : 24). Il parle de lui-même, ensuite il donne des exemples en citant le prophète Elie et Elisée.

 

 

Jésus, comme les autres Juifs, adore Dieu

 

« Femme, lui dit Jésus, crois-moi, l’heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne, ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. » (Jean, 4 : 21-22).

 

 

Jésus prie Dieu et ordonne à ses disciples d’en faire autant

 

« En ce temps-là, Jésus se rendit à la montagne pour prier, et il passa toute la nuit dans la prière à Dieu. » (Luc, 6 :12).

 

« En ce moment même, Jésus tressaillit de joie par le Saint Esprit et dit : Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les a révélées aux enfants… » (Luc, 10 : 21).

 

En ce qui concerne son ordre aux disciples pour prier Dieu voir : Luc, 11 : 1-4 ; Matthieu, 6 : 9-13.

 

Il va de soi que la prière enseignée par Jésus aux disciples ne renferme aucunement d’allusion à l’adoration de Jésus avec Dieu ; le texte rapporté ordonne d’invoquer Dieu seul.

 

 

Jésus prie Dieu de ne pas mourir crucifié, et manifeste sa soumission totale à Dieu

 

« Arrivé à cet endroit, il leur dit : Priez, afin de ne pas entrer en tentation. Puis il s’écarta d’eux d’environ un jet de pierre, se mit à genoux et pria, en disant : Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe. Toutefois que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne, qui soit faite. Alors un ange lui apparut du ciel, pour le fortifier. En proie à l’angoisse, il priait plus instamment, et sa sueur devint comme des grumeaux de sang, qui tombaient à terre. » (Luc, 22 : 40-44).

 

Jésus ici est un serviteur de Dieu, fortifié par une simple créature (l’ange), un homme angoissé et triste, qui ne veut pas mourir.

 

 

Jésus est venus pour accomplir la loi et les prophètes non pour les abolir

 

« Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi ou les prophètes. Je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. » (Matthieu, 5 :17).

 

 

Dieu est plus grand que Jésus

 

« … Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais vers le Père, car le Père est plus grand que moi. » (Jean, 14 : 28).

 

« … Et la parole que vous entendez n’est pas de moi, mais du Père qui m’a envoyé. » (Jean, 14 : 24).

 

Ici Jésus est un simple envoyé, un porte-parole de Dieu.

 

« Et n’appelez personne sur la terre père, car un seul est votre père, celui qui est dans les cieux. » (Matthieu, 23 : 9).

 

« Je veux cependant que vous le sachiez : Christ est le chef de tout homme, l’homme est le chef de la femme, et Dieu est le chef de Christ. » (1 Corinthiens, 11 : 3).

 

 

Les disciples peuvent devenir comme Jésus

 

Jésus a dit : « Le disciple n’est pas plus que le maître ; mais tout disciple accompli sera comme son maître. » (Luc, 6 : 40).

 

 

Jésus, devant Dieu, est égal à ses disciples

 

« Jésus lui dit : Ne me touche pas ; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va vers mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » (Jean, 20 : 17).

 

Il est clair que le terme Père est employé pour Jésus et pour les disciples pour montrer que ce mot a ici un sens figuré. Et pour bien montrer qu’il ne renferme pas le sens propre il a ajouté que Dieu est Son Dieu et celui des disciples. Donc il n’y a aucune particularité distinguant Jésus des disciples.

 

 

Jésus n’est qu’un médiateur entre Dieu et les hommes

 

Voir 1 Timothée, 2 : 5-6.

 

 

C’est Dieu qui décide et qui donne et non pas Jésus

 

« Alors la mère des fils des Zébédée s’approcha de Jésus avec ses fils, et se prosterna, pour lui faire une demande. Il lui dit : Que veux-tu ? Ordonne, lui dit-elle, que mes deux fils que voici soient assis, dans ton royaume, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche. Jésus répondit : Vous ne savez ce que vous me demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ?

Nous le pouvons, dirent-ils. Et il leur répondit : Il est vrai que vous boirez ma coupe, mais pour ce qui est d’être assis à ma droite et à ma gauche, cela n’est pas à moi de le donner, sinon à ceux pour qui cela est préparé par mon Père. » (Matthieu, 20 : 20-23 ; voir Jean, 17 : 6-7 :  Où il est dit que c’est Dieu qui a donné à Jésus les disciples. Et 19 : 11 :  Où  il est  dit que c’est Dieu qui a le pouvoir et non pas Jésus).

 

 

Un seul qui est bon, c’est Dieu

 

«  Alors, un homme…dit à Jésus… il lui répondit : Pourquoi m’interroges-tu sur ce qui est bon ? Un seul est bon. » (Matthieu, 19 : 16-17).

 

 

Le crucifié accuse son Dieu

 

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?... Il rendit l’esprit » (Matthieu, 27 : 46, 50).

 

Le crucifié est faible, comme il apparaît de Luc, 23 : 46. Il a besoin d’aide extérieure ; de Dieu. Ce qui implique que lui n’est pas un Dieu.

 

Alors que dans Jérémie (44 : 6) Dieu est fort et châtie les incrédules. Et dans Jérémie (10 : 6- 10) : « Nul n’est semblable à toi, Eternel ! Tu es grand, et grand est ton nom puissant. Qui ne te craindrait, roi des nations ? C’est à toi que la crainte est due ; car parmi tous les sages des nations et dans tous leurs royaumes nul n’est semblable à toi… Mais l’Eternel est Dieu en vérité, lui le Dieu vivant et le roi éternel. La terre tremble devant sa colère, et les nations ne supportent pas sa fureur. »

 

Dieu est immortel et invisible alors que Jésus a été vu par les gens et a été tué selon les Chrétiens :

 

« Au roi des siècles, immortel, invisible, seul Dieu, honneur et gloire aux siècles des siècles. » (1 Timothée, 1 : 17).

 

 

* Termes à expliquer : Dieu, fils, Père

 

Après avoir donné les traits caractérisant Jésus, qui montrent qu’il n’était qu’un simple être humain, un serviteur de Dieu, un Prophète comme ses prédécesseurs, nous sommes amenés ici à donner l’explication de quelques termes qui renferment une certaine ambiguïté et qui, peut-être, ont suggéré aux Chrétiens que Jésus est un Dieu. Ces termes sont : fils, Dieu et Père.

 

Cependant, avant de traiter de ces thèmes dans le Nouveau Testament, nous trouvons utile d’en donner une vue tirée de l’Ancien Testament.

 

1. Dieu dans l’Ancien Testament est Eternel, Puissant, Miséricordieux, invisible, n’a point de ressemblance avec ses créatures aussi bien en Essence qu’en attributs. Il est Un. Il est le premier et le Dernier…

 

2. Il est formellement interdit d’adorer quelqu’un autre que Dieu ; cette interdiction est explicite ; on la trouve partout dans l’Ancien Testament, (par exemple dans les chapitres 20 et 34 de l’Exode). Dans le chapitre 13 du Deutéronome il est écrit : « S’il se lève au milieu de toi un prophète ou un visionnaire qui t’annonce un signe ou un prodige, et qu’il y ait accomplissement du signe ou du prodige dont il t’a parlé en disant : Rallions-nous à d’autres dieux… et rendons-leur un culte ! Tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète ou de ce visionnaire… » (vv. 2-6) et voir (17 : 2-7).

 

3. Cependant, dans une grande quantité de textes dans l’Ancien Testament on constate l’anthropomorphisme, c'est-à-dire qu’on attribue à Dieu une forme humaine ou des attributs relatifs à l’homme. Nous citons quelques exemples :

 

Dieu a fait l’homme à son image, selon sa ressemblance (Genèse, 1 : 26-27 et voir Gen., 9 :7).

Dieu a une main, une oreille, une tête (Esaie, 59 : 1, 17). Il a la tête et les cheveux (Daniel, 7 : 9), l’Oreille et les yeux (9 : 18). Il a l’œil (1 Rois, 8 : 29, 52 ; Jérémie, 16 : 17, 32 : 19 ; Job, 34 : 21 ; Proverbes, 5 : 21 ; 15 : 3).

Il a le visage et la main (Psaumes, 44 : 4), la face et le derrière (Exode, 33 : 21-33).

Il a les lèvres et la langue (Esaie, 30 : 27). Il a le doit (Jérémie, 31 : 18). Il rit (Psaumes, 2 : 4). Il a le sang (Actes, 20 : 28). Il a les narines, etc.

 

D’autres versets situent Dieu dans un espace :

 

Voir Exode, 25 : 8 ; 29 : 45-46 ; Nombres, 5 : 3 ; 34 ; 35 ; Deutéronome, 26 :15 ; 2 Samuel, 7 : 5-6 ; 1 Rois, 8 : 30, 32, 34 ,36, 39, 45, 49 ; Psaumes, 9 : 11 ; 10 :4 ; 25 : 8 ; 67 : 16 ; 73 : 2 ; 75 : 2 ; 98 : 1 ; 134 : 21.

 

(Dans Mathieu, 5 : 45, 48 ; 6 : 1, 9, 14, 26 ; 7 : 6 , 11, 21 ; 10 : 32, 33 ; 2 : 50 ; 15 : 13 ; 16 : 17 ; 18 : 10,14,19,35 ; 23 : 19,22).

 

Les versets qui écartent l’anthropomorphisme et le lieu sont peu nombreux.

Voir : Deutéronome, 33 : 26-33 ; 4 : 12, 15-19 ; Esaie, 45 : 5-9, 12 ; 46 : 9 ; 66 : 1-2 ; Actes, 7 : 49-50.

 

Il es à signaler que la grande quantité de textes suggérant l’anthropomorphisme est interprétée, par les Juifs et par les Chrétiens, de manière à ce q’elle soit compatible avec le peu de versets qui affirment la transcendance de Dieu.

 

Pourquoi les exégètes sont amenés à effectuer cette démarche ? La réponse est facile ; c’est que les textes suggérant l’anthropomorphisme sont incompatibles avec la raison, alors que le peu de versets affirmant la transcendance divine l’est. Peut-on faire la même chose avec des termes comme : Père, fils, et Dieu appliqués à Dieu et aux hommes ?

 

Certainement, cette démarche, si on la fait, est tout à fait compatible avec la raison ainsi qu’avec les textes de l’Ecriture.

 

L’emploi du Terme « Dieu » dans l’Ancien Testament

 

Dans la Bible, l’on a nommé « Dieu » plusieurs créatures de Dieu. Il est parfaitement admissible et même nécessaire de voir en ce terme un sens figuré et de l’interpréter métaphoriquement, surtout lorsqu’il y a des indices éliminant son sens propre. Sinon on aura un nombre considérable de Dieux.

 

Dans l’Exode, 23 : 20-23, l’ange qui a conduit les Israélites, hors de l’Egypte, est nommé Dieu.

 

Dans la Genèse, 18, l’ange qui était avec les autres anges est appelé Dieu.

 

Dans la Genèse, 28 : 10-22, celui qui a parlé à Jacob est appelé Dieu, l’Eternel. Alors qu’il n’est qu’un ange ; la preuve c’est que Jacob a eu un autre songe où l’on a nommé Dieu l’ange de Dieu.

Il est tout à fait clair que l’Ange est le porte-parole de Dieu ; c’est ainsi que lorsqu’il disait qu’il est Dieu, il ne faisait autre chose que transmettre le message divin. Ce qui marque ce message de la grandeur et de la solennité. (Voir Genèse, 33 : 9-12 ; 35 : 1-3 ; 48 : 3-4).

 

Dans la Genèse, 32 : 25-31, Jacob a lutté contre un homme considéré comme Dieu. Il est nécessaire de comprendre le terme Dieu, dans ce texte, dans un sens figuré, sinon Jacob aurait été plus fort que Dieu. D’autre part, l’homme de cette vision est un ange car dans le livre d’Osée, 12 : 4-5, on a montré que celui qui a lutté contre Jacob est un ange ; cet ange est nommé Dieu.

 

Dans l’Exode, 7 : 1 : « L’Eternel dit à Moïse : vois, je te fais Dieu pour le Pharaon ; et ton frère Aaron sera ton prophète. »

« Il parlera pour toi au peuple ; il te servira de bouche, et tu tiendras pour lui la place de Dieu. »  (Exode, 4 : 16).

 

Bien que ces versets existent dans l’Ancien Testament les Juifs n’ont jamais osé appeler Moïse « Dieu » ou le considérer ainsi un Dieu. Ils ont compris que ce terme a ici un sens figuré et non pas un sens propre.

 

Dans le chapitre 13 : 21-22, de l’Exode, on a dit que c’est l’Eternel lui-même qui était dans la nuée pendant le jour et dans le feu pendant la nuit pour conduire les Israélites, alors que dans 14 : 19, c’était l’ange de Dieu qui était dans la nuée et qui les guidait. (Voir aussi Deutéronome, 1 : 30-33).

 

Dans le livre des Juges, 13 : 3-22, Gédéon et sa femme avait vu l’Ange de Dieu, cependant ils avaient déclaré (dans le verset 22) qu’ils ont vu Dieu face à face, bien que ce fût un ange.

 

Dans les Psaumes, 82 : 6, il est dit : « … J’avais dit : Vous êtes des dieux, vous êtes tous des fils du Très-Haut. ».

 

Dans 2 Corinthiens, 4 : 3-4 on a appliqué le terme Dieu à Satan.

 

Dans l’Epître aux Philippiens, 3 : 19, on a employé le mot Dieu pour désigner le ventre.

 

D’autre part on a employé le terme Seigneur pour des personnes qu’on sert.

 

On peut dégager de tout ces versets que le terme Dieu peut être employé pour désigner des créatures. En effet, les Juifs n’avaient pas pris ces emplois dans leurs sens propres parce qu’ils savaient que Dieu est un, qu’il est invisible, etc., alors que les Chrétiens n’avaient pas fait autant. Ils sont alors tombés dans une double contradiction ; avec la raison d’une part et l’Ecriture d’autre part.

 

 

L’emploi du terme « fils » dans l’Ancien Testament

 

Le terme fils est aussi employé dans l’Ancien Testament ; cependant, aucun exégète juif n’a prétendu que ce terme, employé dans ces endroits, a un sens propre. Nous citons quelques exemples :

 

« Tu diras au Pharaon : Ainsi parle l’Eternel : Israël est mon fils, mon premier-né. »  Exode, 4 : 22.

 

Dieu dit à propos de David : « Lui, il m’invoquera en disant : tu es mon père ! Mon Dieu est le rocher de mon salut ! Et moi, je ferai de lui le premier-né. » Psaumes, 89 : 27-28.

 

Dans Jérémie, 31 : 9 : il  est dit : « … Car je suis un Père pour Israël, et Ephraïm est mon premier-né ».

 

Dans Samuel, 7 : 14 Dieu, à propos de Salomon, a dit qu’il est son fils.

 

Dans Deutéronome, 14 : 1, les Israélites sont des fils de Dieu. ( Et voir Deutéronome, 32 : 19 ; Esaïe, 63 : 8 ; Osée, 2 : 1). Il est leur Père (Esaïe, 63 : 16 ; 64 : 7 ; Psaumes, 68 : 6).

 

Dans Job, 38 : 7, on a employé les fils de Dieu pour les croyants.

 

Conclusion :

 

Il est donc clair que ces termes (Dieu, Père et fils) employés, dans l’Ancien Testament, pour des êtres mortels, ne renferment point un sens propre. Personne n’eut l’audace de prétendre qu’ils sont conçus littéralement.

 

 

L’emploi des termes : Fils et Père dans le Nouveau Testament

 

Le terme fils dans tous les langues, dans son sens propre, désigne celui qui est formé du sperme et de l’ovule. Par conséquent si on veut l’employer dans d’autres domaines, on doit le transposer au sens métaphorique.

 

Mais les Chrétiens ont déduit de la formule « fils de Dieu », appliquée à Jésus, que ce dernier est réellement un fils de Dieu. Cette formule se heurte à deux autres, que les Chrétiens emploient pour Jésus : « Le Fils de l’homme » et « le fils de David ».

 

En effet, ce terme aussi bien que les deux autres, est employé dans un sens figuré. Le Nouveau Testament fournit des attestations incontestables confirmant ce point de vue :

 

Dans Marc, 15 : 39, il est écrit : « Le centurion, qui se tenait en face de Jésus, voyant qu’il avait expiré de la sorte dit : cet homme était vraiment le Fils de Dieu. ».

 

Luc, avait rapporté dans 23 : 47, la même parole mais en substituant le terme « juste » à « fils de Dieu » ; ce qui implique que cette formule a simplement un sens figuré qui signifie que Jésus était juste, obéissant à la volonté de Dieu.

 

D’autre part, cette formule est employée pour des personnes justes, autres que Jésus : « Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Matthieu, 5 : 9, et voir 5 : 45).

 

En revanche, Jésus a employé la formule « fils de Satan » pour des désobéissants à Dieu, qui suivent la voie de Satan :

 

« Vous faites les œuvres de votre père. Ils lui dirent : Nous ne sommes pas des enfants illégitimes, nous avons un seul Père, Dieu. Jésus leur dit : Si Dieu était votre père, vous m’aimeriez… Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. » (Jean, 8 : 41-44).

 

Il est évident que Dieu et Satan ne sont pas des pères au sens propre de ce mot ; mais « père » est employé métaphoriquement.

 

Dans la 1e épître de Jean, (3 : 9-10), il est dit : « Quiconque est né de Dieu ne commet pas le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui… C’est par là que se manifestent les enfants de Dieu et les enfants du diable. Quiconque ne pratique pas la justice n’est pas de Dieu… » (Voir aussi : 1Jean, 4 : 7 ; 5 : 1-2).

 

Les disciples sont considérés, comme Jésus, pouvant naître de Dieu. (Voir aussi : Romains, 14-16 ; Philippiens, 2 : 14-15).

 

Luc dans la généalogie de Jésus, chapitre 3, avait écrit que « Adam » est fils de Dieu. Il est évident qu’Adam n’est pas réellement un fils de Dieu mais du fait qu’il fût créé directement par Dieu, sans père ni mère, l’évangéliste lui a donné cette filiation métaphorique.

 

Par ailleurs, dans plusieurs endroits du N.T. Jésus sur le même pied d’égalité a employé les expressions « votre père » et « mon père », dans ses paroles adressées à ses disciples :

 

Jésus a dit : « … mais vers mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » (Jean, 20 : 17).

 

En outre, il est à signaler que les termes , « fils » et « père », sont aussi employés pour deux choses entre lesquelles existe une certaine convenance ; comme par exemple : le père du mensonge pour Satan (Jean, 8 : 44), les fils de Jérusalem et les fils de la Géhenne pour les Juifs incrédules (Matthieu, 23 : 15, 37), les fils du temps pour les hommes d’ici-bas, les fils de Dieu et les fils de la résurrection (Luc, 20 : 36), les fils de la lumière et les fils du jour pour les Théssaloniciens ( 2Théssaloniciens, 5 : 5).

 

Jusque-là les textes sont clairs. Aucune réelle difficulté n’est intervenue pour ternir la compréhension véritable de l’emploi de ces termes. Cependant, quelques textes posent des petits problèmes et font des obstacles à notre démarche explicative. Mais avant de résoudre ces problèmes et d’écarter ces obstacles il vaut mieux citer des textes de la Bible, qui sont assez nombreux, renfermant des images métaphoriques ou des hyperboles :

 

1. Genèse, 13 : 16 ; 22 : 17, Dieu a promis à Abraham de multiplier sa descendance. Elle sera comme la poussière de la terre, comme les étoiles du ciel et comme le sable de la mer.

 

2. Dans l’Exode, 3 : 8 , Canaan coule du miel et du lait.

 

3. Dans les Psaumes, 78 : 65-66 ; 104 : 2-3, on a employé des métaphores en parlant de Dieu.

 

4. Le pain et le vin se transforment en corps et sang de Jésus comme dans Matthieu (26 : 26-28)[66].

 

 

L’Evangile de Jean, ses épîtres et l’Apocalypse contiennent un nombre important d’images et d’expressions métaphoriques.

 

En outre, il est à remarquer que les discours de Jésus renferment parfois des ambiguïtés. Ses contemporains, même ses disciples, n’avaient pas compris des questions qu’il venait d’aborder. En effet, il avait donné l’explication à une partie. Cependant, une autre partie reste incompréhensible. Nous citons quelques exemples :

 

Les Juifs ainsi que les disciples n’avaient pas compris ce que Jésus a dit à propos de son corps (Jean, 2 : 19-22).

 

Nicodème n’a pas compris la parole de Jésus (Jean, 3 : 1-10).

 

Les Juifs et ses disciples n’ont pas compris l’expression de Jésus « je suis le pain de vie » (Jean, 6 : 35-66).

 

Voir aussi : Jean 8 : 21-22 ; 51-52. Jean, 11 : 11-14.

 

Dans Matthieu, 16 : 6-12, et Luc, 9 : 44-45, les disciples n’ont pas compris.

 

Dans Luc, 8 : 52-53, tout le monde n’avait pas compris et riait de lui.

 

Voir aussi : Luc : 18 : 31-34.

 

De même les disciples de Jésus croyaient que l’Apôtre Jean ne mourra pas jusqu’à la fin du monde et que cette fin serait en leur époque.

 

Récapitulons les questions étudiées

 

La Bible contient une quantité considérable d’hyperboles et d’images métaphoriques.

 

Elle contient un nombre important de versets où on a relevé l’anthropomorphisme. On les a interprétés métaphoriquement afin qu’ils soient compatibles avec les textes affirmant la transcendance de Dieu.

 

Dans la Bible, on a employé les termes : Père, fils, Dieu, en des sens figurés.

 

Les discours de Jésus étaient dans plusieurs cas incompréhensibles, même aux Apôtres.

 

Ces points récapitulés contribuent à éclaircir les textes ambigus qui renferment des allusions équivoques à la divinité de Jésus ou à sa filiation à Dieu. Si on n’essaie pas de généraliser la méthode à laquelle on a eu recours plus haut, à savoir l’interprétation, on risque de se contredire.

 

 

Textes ambigus

 

Nous essayons, maintenant, de donner des exemples renfermant ces ambiguïtés :

 

1. Jésus a dit dans Jean, 8 : 23 : « Vous êtes d’en bas ; moi, je suis d’en haut. Vous êtes de ce monde, moi, je ne suis pas de ce monde. ».

 

Ce verset, dans son véritable sens ne renferme pas de preuve que Jésus est Dieu ou un fils de Dieu ; car la même expression a été employée par Jésus en parlant de ses disciples :

 

« Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, et que je vous ai choisis du milieu du monde, à cause de cela, le monde a de la haine pour vous. » (Jean, 15 : 19).

 

« Je leur ai donné ta parole, et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi, je ne suis pas du monde… » (Jean, 17 : 14, 16).

 

Jésus dans ce dernier verset avait employé cette expression pour lui et pour ses disciples ; ce qui implique que si l’emploi de ce genre d’expressions est un prétexte pour attribuer la divinité à Jésus tous ses disciples seraient alors des Dieux ou des fils de Dieu !

 

Le véritable sens du verset 23 (Jean 8) est ceci : vous êtes de ce monde parce que votre but est de ce monde. Moi je ne suis pas de ce monde parce que mon but est l’agrément de Dieu.

 

Ces expressions métaphoriques sont employées dans les différentes langues, lorsqu’on veut qualifier une personne méprisant ce monde et s’intéressant à l’autre.

 

2. On a attribué à Jésus ceci : «  Moi et le Père nous sommes un » (Jean, 10 : 30). Mais cette expression a été aussi employée par Jésus à propos de ses disciples : « afin que tous soient un ; comme toi, Père, Tu es en moi, et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jean, 17 : 21).

 

Il est évident, d’après ces expressions, que les disciples ne sont unis, à proprement parler, ni à Jésus ni à Dieu, mais c’est une union métaphorique, comme celle entre Jésus et Dieu. Elle signifie l’obéissance parfaite et totale à Dieu et la soumission à sa volonté. C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre l’union où les disciples ne se distinguent pas de Jésus, si ce n’est la distinction par le degré d’obéissance et la soumission à la volonté divine. La preuve de cette interprétation est ce qu’avait écrit Jean (1Jean, 1 : 6-7) : « Dieu est lumière… Si nous disons que nous sommes en communion avec lui, et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons et nous ne pratiquons pas la vérité. Mais si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes en communion les uns avec les autres… ».

 

3. Dans Jean, 14 : 9-10, Jésus a dit : «  Jésus lui dit : il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne m’as pas connu, Philippe ! Celui qui m’a vu, a vu le Père. Comment dis-tu : Montre-nous le Père ? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le père est en moi ? Les paroles que je vous dis ne viennent pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi, accomplit les œuvres. ».

 

On a prétendu que ces versets font allusion à la divinité de Jésus. Mais cette déduction n’est pas exacte pour deux raisons :

 

a) La vision de Dieu en ce monde est impossible :

 

« Personne n’a jamais vu Dieu » Jean, 1 : 18.

 

« … qui seul possède l’immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul homme n’a vu, ni ne peut voir… » 1Timothée, 6 : 16.

 

« Personne n’a jamais vu Dieu. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous… » 1 Jean, 4 : 12.

 

Puisqu’on a pas vu Dieu, et Jésus a été vu de tout le monde, surtout les Apôtres et les disciples, il en résulte que Jésus n’est pas un Dieu.

 

b) Jésus se sert de la même expression en parlant de ses disciples :

 

« En ce jour-là, vous connaissez que moi, je suis en mon Père, vous en moi, et moi en vous. » Jean, 14 : 20.

 

Si on comprend que la communion de Jésus avec Dieu, dont il avait parlé dans les versets plus haut, implique qu’il est un Dieu, ces versets concernant ses disciples impliqueront nécessairement qu’ils sont des Dieux ; ce qui est inacceptable, même par les Chrétiens. (Voir aussi : 1 Corinthiens, 6 : 19 ; 2 Corinthiens, 6 : 16, 4 : 16 ; Ephésiens, 4 : 6).

 

En outre, si on dit que ce verset : « Dieu est Père de tous, qui est parmi tous et en tous », (comme le souligne le verset de l’épître aux Ephésiens, 4 : 6), signifie que tous les Chrétiens sont des Dieux ou des fils de Dieu, on aura tort. Ici l’interprétation est nécessaire pour ne pas rendre le monde entier des Dieux. Cette méthode doit être aussi appliquée aux expressions de ce genre concernant Jésus.

 

En effet, la relation existant entre Jésus et ses disciples ainsi que celle entre lui et Dieu est semblable à la relation existant entre un maître et son serviteur ; celui qui respecte le serviteur et l’aime, respectera le maître et l’aimera, celui qui le méprise méprise aussi le maître. Cette notion est bien expliqué dans le Nouveau Testament : (voir : Matthieu, 10 : 40 ; Luc, 9 : 48 ; 10 : 16 ; 25 : 35-46).

 

Par ailleurs, les Chrétiens se basent sur l’expression « fils unique » pour attribuer la divinité à Jésus alors que ce dernier n’a jamais employé cette expression. Toutefois, cette formule ne peut être comprise dans son sens littéral ; parce qu’on a employé pour d’autres le premier-né, le fils, etc., ce qui entraîne à dire que Jésus a des frères dans cette filiation. En revanche, il est tout à fait compatible avec la raison et avec les données bibliques d’interpréter cette expression de la même manière vue plus haut. Cependant, il est à souligner que la distinction entre les autres expressions (fils, premier-né, etc.) et celle-ci ne peut être comprise que sur le plan du degré de la perfection ; c'est-à-dire qu’on a employé cette expression pour Jésus afin de montrer qu’il est plus parfait que les autres prophètes, mais sans qu’il soit un Dieu ou un fils de Dieu.

 

Par ailleurs ils disent que Jésus est créé sans père ; nous parlerons, plus tard, en détail de cette question parce qu’il renferme un point rationnel.

 

En outre, les Chrétiens s’appuient sur le fait que Jésus a réalisé des miracles, surtout la résurrection des morts. Ce fait n’est pas en réalité une preuve pour voir en Jésus un Dieu. Jésus qui n’avait ressuscité que trois morts selon les récits du N.V. fut surpassé par Ezéchiel qui en avait ressuscité des milliers (Ezéchiel, 37 : 1-10). Si ce miracle élève Jésus au rang de la divinité, Ezéchiel l’aurait mérité plus que lui. (Un autre prophète qui est Elisée a ressuscité un mort ; 2Rois, 4 : 17-37, il a guéri un lépreux ; 2Rois,5).

 

Conclusion :

 

Les traits que nous avons esquissés de Jésus, tirés du Nouveau Testament, montrent sans ambiguïté que ce qu’a rapporté le Coran à propos de Jésus, bien qu’il soit succinct, est tout à fait authentique. Par contre les exagérations des Chrétiens à propos de Jésus sont le résultat de leurs interprétations (à des termes ambigus) qui ne sont pas compatibles ni avec la raison ni avec les autres textes de la Bible.

 

 

 

II. Les preuves rationnelles du Coran

concernant la servitude de Jésus à Dieu 

 

La raison est le second volet d’un diptyque dont le Coran se sert pour établir ses principes et convaincre les gens des données qu’il avance. Ainsi, nous exposons des arguments basés sur la raison tirés du Coran après avoir exposés ceux basés sur l’Ecriture, pour réfuter la thèse des Chrétiens à propos de Jésus.

 

Ici, nous essayons de regrouper ces arguments et d’en déduire d’autres analogues confirmant ce fait :

 

1. Jésus et Adam

 

Le Coran dit : « Oui, au regard de Dieu, il en est de Jésus comme d’Adam qu’il créa de poussière, puis à qui il dit : « Sois » : et il fut. » 3 : 59.

 

Le Coran dit : « Le Messie, fils de Marie, n’est qu’un prophète ; les prophètes sont passés avant lui. » 5 : 75.

 

« Ils ont imaginé, dans leur ignorance, que Dieu a des fils et des filles[67]. Gloire à lui ! Il est très élevé au-dessus de ce qu’ils imaginent ! Créateur des cieux et de la terre, comment aurait-il un enfant, alors qu’il n’a pas de compagne, qu’il a créé toute chose et qu’il connaît tout ? Tel est Dieu, votre Seigneur. Il n’y a de Dieu que lui, le créateur de toute chose. Adorez-le ! Il veille sur tout. Les regards des hommes ne l’atteignent pas, mais il scrute les regards. Il est le Subtil, il est le Bien-informé. » 6 : 100-103.

 

En nous procurant cet argument convaincant, le Coran ne nous empêche pas de chercher d’autres exemples analogues. Au fait nous pourrions citer quelques uns :

 

a) Melchisédek : « Melchisédek était roi de Salem, sacrificateur de Dieu, Très-haut ; il alla à la rencontre d’Abraham qui revenait de la défaite des rois, et il le bénit ; c’est à lui q’Abraham donna la dîme de tout. Et, en interprétant son nom, il est tout d’abord roi de justice, puis aussi roi de Salem, c’est- à- dire roi de paix. Il est sans père, sans mère, sans généalogie ; il n’a ni de commencement de jours, ni fin de vie. » Hébreux, 7 : 1-3.

 

« Mais lui, qui ne figure pas dans la généalogie des fils de Lévi[68], il préleva la dîme sur Abraham ! Il bénit celui qui avait reçu des promesses ! Or, c’est sans contredit l’inférieur qui est béni par le supérieur. » Hébreux, 7 : 5-7.

 

Selon Paul, cette personne est supérieure à Abraham, elle n’a ni père, ni mère, ni généalogie, elle n’a ni commencement de jours, ni fin de vie. Cependant, personne n’a osé la considérer comme étant un fils de Dieu ou un Dieu. Par contre Jésus, dont on connaît le commencement et la fin, a été élevé à un rang supérieur à celui de Melchisédek, bien qu’il ne possède pas les caractéristiques de ce dernier.

 

b) Les anges, n’ont ni père ni mère. Mais jamais on ne les a considérés comme des fils de Dieu ou des Dieux avec Dieu.

 

c) Eve est sans mère.

 

d) Satan, n’a ni mère, ni père.

 

e) Les cieux et la terre, n’ont ni mère, ni père ; cependant on a pas osé dire qu’ils sont des fils de Dieu.

 

 

2. La soumission de Jésus à Dieu

 

Le Coran dit : «  Ils ont dit : « Dieu s’est donné un fils ! » Mais gloire à lui ! Ce qui se trouve dans les cieux et sur la terre lui appartient en totalité : tous lui adressent leurs prières. Créateur des cieux et de la terre, lorsqu’il décide une chose, il lui dit seulement : « Sois ! » et elle est » 2 : 116-117.

 

« … Dieu est unique ! Gloire à lui ! Comment aurait-il un fils ? A lui appartient tout ce qui est dans les cieux et tout ce qui est sur la terre. Et quelle suffisante garantie que Dieu ! Jamais le Messie ne dédaignera d’être Esclave à Dieu, non plus que les anges rapprochés de Dieu. » (4 : 171-172).

 

Ces versets coraniques nous révèlent cinq vérités. Ce sont des preuves rationnelles convaincantes :

 

1. L’essence divine est tout à fait différente de l’essence humaine, voire de toute autre essence. C’est ainsi que parmi ses caractéristiques et ses attributs on trouve celui de l’unicité. Cette Unicité exige que Dieu n’ait pas de semblable, et qu’aucun ne possède une « partie » de sa substance ; ni Adam, ni Jésus ni autre.

 

2. Dieu est le Créateur de toute chose ; parmi ses créatures, Jésus, Adam,  les anges, etc. Il est certain qu’une créature ne saurait être da la même nature que son Créateur. Donc, Jésus (ou autre) ne saurait être son fils, ni avoir la même substance que lui.

 

3. Puisque Dieu est le Créateur, toute chose alors lui appartient. Parmi les choses créées, et qui lui appartiennent, est Jésus. Donc, il n’est pas son fils. La preuve que Jésus appartient à Dieu et qu’il est son serviteur, c’est qu’il adore et prie Dieu comme les autres.

 

4. Puisque Dieu est le Créateur et toute chose lui appartient, toutes les créatures sont alors soumises à sa volonté. Elles sont toutes régies par ses lois immuables qui incarnent sa volonté. Jésus ne peut se libérer de ces lois, ni se révolter contre elles. Il est créature soumise comme les autres. En effet, les Evangiles rapportent que Jésus obéissait totalement à la volonté divine.

 

5. La naissance de Jésus sans père n’est pas une preuve pour le considérer comme étant un fils de Dieu ; car Dieu est capable de créer ce qu’il veut quand il veut.

 

 

3. Jésus et les lois de la nature

 

L’exemple le plus parfait de la soumission de Jésus aux lois divines : (lois de la nature) est le fait de se nourrir :

 

« Le Messie, fils de Marie, n’est qu’un prophète ; des prophètes certes avant lui ont passé. Sa mère était parfaitement juste. Tous deux se nourrissaient de mets. Vois comment nous leur expliquons les Signes. Vois, ensuite, comment ils s’en détournent. » (4 : 75).

 

 

4. Distinction entre Essence et attributs divins

et ceux des créatures

 

Le Coran en outre met l’accent sur la distinction nette entre Dieu et sa créature, aussi bien en essence qu’en attributs :

 

« Il ne convient pas que Dieu se donne un fils ; mais Gloire à lui ! » ( 19 : 35).

 

« Ils ont dit : « Le Miséricordieux s’est donné un fils ! » Vous avancez là une chose abominable ! Peu s’en faut que les cieux ne se fendent, que la terre ne s’entrouvre et que les montagnes ne s’écroulent, de ce qu’ils attribuent un fils au Miséricordieux. Alors qu’il ne convient nullement au Miséricordieux de se donner un fils ! » (19 : 88-92).

 

L’essence de la divinité n’est pas semblable à celui de ses créatures, même les hommes. Ces derniers se marient et engendrent. Ils ont besoin de prolonger leur vie par l’intermédiaire de leurs enfants. Par contre Dieu, le Vivant, qui n’a pas de corps, qui n’a pas besoin d’une femme, le Créateur, n’est pas comme nous. Au fait, même les esprits les plus purs ne sauraient être comme Dieu. Comment alors les hommes, simples mortels ?

 

Qu’on médite sur ce verset où sont exposés les attributs divins afin de constater la différence entre l’essence divine et l’essence humaine :

 

« Dieu ! Point de Dieu que lui, le Vivant, celui qui subsiste par lui-même ! Ni l’assoupissement, ni le sommeil n’ont de prise sur lui ! Tout ce qui est dans les cieux et sur la terre lui appartient ! Qui intercédera auprès de lui, sans sa permission ? Il sait ce qui se trouve devant les hommes et derrière eux, alors que ceux-ci n’embrassent, de sa Science, que ce qu’il veut. Son trône s’étend sur les cieux et sur la terre : leur maintien dans l’existence ne lui est pas une charge. Il est le Très-haut, l’Inaccessible. » (2 : 255).

 

Les attributs de Dieu cités dans ce verset montrent la distinction nette entre lui et sa créature. Jésus ne possède aucun de ces attributs :

 

Il a été créé par Dieu. Il ne subsiste pas par lui-même. Il se fatigue, il dort, et il se repose. Ce qui est dans les cieux et la terre ne lui appartient pas. Il n’intercédera auprès de Dieu qu’après avoir eu la permission. Sa science n’embrasse pas tout ce qu’il y a dans l’univers. Le Trône ne lui appartient pas, il n’est ni le Très-haut ni l’Inaccessible.

 

Voilà un autre texte coranique sur le même fait :

 

«  Dis : « Qui donc vous procure la nourriture du ciel et de la terre ? qui est maître de l’ouie et la vue ? Qui fait sortir le vivant du mort ? qui fait sortir le mort du vivant ? Qui dirige toute chose avec attention ? » Ils répondront : « C’est Dieu ! ». Dis leur : « Ne le craindrez-vous pas ? » Tel est Dieu, votre vrai Seigneur ! Qu’y a-t-il en dehors de la Vérité, sinon l’erreur ? Comment, alors, pouvez-vous vous détourner ? » (10 : 31-32).

 

« En effet, ils ont dit : « Dieu s’est donné un fils ! » Mais gloire à lui ! Il se suffit à lui-même. Ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre lui appartient. Avez-vous quelque autorité pour parler ainsi ? Dites-vous sur Dieu ce que vous ne savez pas ? » (10 : 68).

 

En effet, Jésus lui-même quand il a enseigné à ses disciples la prière, leur a recommandé de demander le « Père » c'est-à-dire Dieu. Parmi ces demandes, le pain quotidien. Il en résulte que Jésus ne donne pas la subsistance ni la nourriture. En réalité lui-même prie Dieu pour les recevoir.

 

Dieu a-t-il besoin d’un fils ? Vraiment non ! Car Dieu se suffit à lui-même. En effet, Jésus n’a pas enseigné aux disciples d’adorer et de prier ni l’Esprit Saint ni lui-même  avec Dieu ; mais il leur a enseigné de ne prier que Dieu seul parce que c’est lui qui donne et qui fait périr :

 

« Ceux qui disent : « Dieu est, en vérité, le Messie, fils de Marie », sont impies. Dis : « Qui donc pourrait s’opposer à Dieu, s’il veut faire périr le Messie, fils de Marie, ainsi que sa Mère, et tous ceux qui sont sur la terre ? » La royauté des cieux et de la terre et de ce qui est entre les deux appartient à Dieu. Il crée ce qu’il veut, il est puissant sur toute chose. » (Coran, 5 : 17).

 

Par contre Jésus ne peut ni faire périr ni créer. Il ne peut aussi ni nuire, ni faire du bien sans la permission de Dieu :

 

« Dis : « Allez-vous adorer, en dehors de Dieu, quelqu’un qui n’est maître pour vous ni de mal ni de bien ? » Or c’est Dieu qui entend et qui sait tout. » (Coran, 5 : 76).

 

 

5. Les miracles que Jésus a opérés sont par la permission de Dieu. (Voir Coran, 3 : 49 ; 5 : 110).

 

 

6. Jésus a été fortifié par l’Esprit saint (Gabriel) (Coran, 2 : 87, 253).

Il a besoin donc de l’assistance de Dieu, par conséquent il est comme les autres prophètes.

 

 

7. La sagesse et la science que Jésus a acquises ne viennent pas de lui-même mais de Dieu : « … Et Dieu lui enseigne le Livre et la sagesse et la Torah et l’Evangile. ».

Si on compare cette réalité avec les versets du Nouveau Testament on constatera que cette affirmation du Coran est parfaitement juste (voir Jean, 7 : 16-18 ; Luc, 2 : 40).

 

Jésus quand il était petit ne savait rien ; mais en grandissant, il a pu avoir la sagesse et la science. D’où donc cela lui est-il venu ? Certainement de Dieu. Par conséquent, celui qui a besoin de Dieu, qui n’a pas la science ne saurait être un Dieu :

 

«  Dieu vous a fait sortir du ventre de vos mères, sans que vous sachiez rien ; il vous a donné l’ouie, la vue et des cœurs. Peut-être serez-vous reconnaissants ! » (Coran, 16 : 78).

 

 

8. S’il y a plusieurs Dieux et créatures ils devront se distinguer par leurs attributs et leurs activités :

 

« Dieu ne s’est pas donné de fils ; il n’y a pas de divinité à côté de lui, sinon chaque divinité s’attribuerait ce qu’elle aurait créé ; certains d’entre elles seraient supérieurs aux autres. Mais, gloire à Dieu, très éloigné de ce qu’ils inventent. » (Coran, 23 : 91).

 

 

III. Discussion rationnelle concernant le Fils[69] 

 

Après avoir exposé les arguments du Coran démontrant la servitude de Jésus à Dieu, nous allons discuter quelques questions relatives à ce thème.

 

1. La prétention selon laquelle Jésus unit en lui l’essence divine et l’essence humaine.

 

Nous nous demandons préalablement : Cette union était de quelle nature ?

 

Si c’est une incarnation, on aurait l’infini qui deviendrait fini, l’immatériel et l’invisible qui deviendrait matériel et visible.

 

Ou bien, est-ce du genre de l’eau des roses dans les roses, de l’huile dans les olives, du feu dans le charbon ?

 

Si c’est comme cela, il est inconcevable car le fils chez les Chrétiens n’est pas un corps.

 

Ou bien encore est-ce du genre de la couleur que porte un corps ?

 

Si oui, la couleur ne peut apparaître que dans une substance, et n’aura de valeur que par le corps ; si le corps disparaît la couleur disparaîtra nécessairement avec lui.

 

Une autre question se pose :

 

Qui a assigné au fils le corps ? D’après les Evangiles Jésus fut créé par la puissance de Dieu ; donc il s’ensuit deux conséquences :

 

Le fils spirituel après l’union avec Jésus s’est-il détaché de l’Etre divin ou bien non ? Dans le premier cas, le fils ne serait pas uni avec Dieu puisque le fils est dans Jésus. Et ceci implique la disparition de Dieu parce qu’une partie de son essence fut détachée de lui.

 

Dans le deuxième cas, le fils existe dans deux lieux !

 

Si cette union n’est pas une incarnation, le fils spirituel et Jésus font deux êtres et non un, donc il n’existe pas d’union. S’ils se sont transformés en « un » (et les deux autres disparaissent), ce ne serait pas une union mais on aura un troisième être. Si l’un d’entre les deux périt il n’y aurait pas d’union puisqu’il n’y aurait pas d’union entre quelque chose qui existe et quelque chose qui n’existe pas.

 

2. Dieu est un Etre qui existe sans avoir besoin d’un autre qui le crée ; il est le « Nécessaire ». Il n’est pas un corps, ni dans un lieu, ni accidentel. Par contre Jésus, comme nous l’avons vu, est un être humain, ayant un corps, créé par la puissance de Dieu, n’existait pas avant sa naissance, tué comme le croient les Chrétiens. Il mangeait, buvait, grandissait, se fatiguait, dormait et se réveillait. Toutes ces caractéristiques sont d’un être humain, mortel comme les autres.

 

3. Les Chrétiens croient que les Juifs l’avaient pris, l’avaient crucifié et enfin l’avaient tué. Si ce Jésus était vraiment un Dieu, ou une partie de Dieu demeurait en lui, pourquoi n’avait-il pas pu les repousser ? Et pourquoi demandait-il à Dieu d’éloigner de lui la coupe de la mort ? Pourquoi avait-il manifesté l’impatience, l’angoisse et la tristesse ?

 

Si Jésus est le Dieu pourquoi appelait-il celui qui est dans les cieux ? Il devrait s’appeler soi-même ! Si Dieu se trouvait dans le ciel, il n’était pas alors en Jésus.

 

Ainsi, apparaît l’absurdité, et l’aberration dans le dogme des Chrétiens. Celui qui a une raison et réfléchit, lorsqu’il lit attentivement le Nouveau Testament se convaincra que Jésus n’est qu’un être humain, un prophète parmi les prophètes. En plus, il sera persuadé que les arguments avancés par le Coran, soit ceux qui se basent sur les dires de Jésus, soit ceux qui se basent sur la raison sont clairs, convaincants et dirigeants vers le juste milieu, vers la vérité.

 

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CHAPITRE III

 

 

ESPRIT SAINT DANS LA BIBLE ET LE CORAN 

 

 

Le terme « Esprit » est souvent et vulgairement opposé à « Matière » en tant que principe pensant. Or la définition n’est pas si simple. On a employé le terme « esprit » pour désigner un génie ou un comportement psychique ou autre.

 

Mais dans la Bible ce terme a été utilisé pour désigner le souffle de la vie (l’esprit humain) ou alors une entité céleste ou enfin, il est lié à Dieu : l’Esprit de Dieu.

 

Le déterminatif « Saint » n’est employé qu’ultérieurement dans quelques versets de l’Ancien Testament. Par contre dans le Nouveau Testament il est employé abondamment.

 

En Hébreu aussi bien qu’en Arabe, le terme « Esprit » est appelé Rûh (en Hébreu Rûah ).

 

Nous commençons cependant, par étudier l’étymologie du terme Rûh ou Rûah  avant de présenter ses divers emplois dans les Ecritures saintes.

 

Etymologie du terme Rûh

 

Les dérivés du terme hébreu « Rûah », comme la racine verbale, permettent de conclure que le sens fondamental est celui de l’air en mouvement dans l’espace. En un certain sens, nous pourrions penser que nous sommes pas très loin de la signification première de « Nèphèsh » (en Arabe : Nafs).

 

A. Vacant, note que nèphèsh, neshâmah et rûah ont étymologiquement le sens de souffle (la même chose en arabe), et que les termes qui désignent l’âme signifient respiration ou vent en même temps que principe de vie et de pensée (en arabe aussi). (cf., Daniel Lys, « Rûah » le souffle dans l’Ancien testament, note 1, p. 384 ; éd. P.U.F. 1962).

 

Mais, s’il s’agit bien parfois de respiration, le point de départ est tout de même différent de celui de « nèphèsh » qui désignait l’organe même par lequel s’accomplit la respiration ; tandis que la racine r, w, h insiste davantage sur l’espace extérieur dans lequel l’air en mouvement établit des relations.

 

L’idée relationnelle est la base du terme rûah exprimant la précarité de la condition humaine, liée à la respiration toujours en cause.

 

Rûah dans l’Ancien Testament

 

Dans l’Ancien Testament ce terme a connu une diversité de signification aussi bien dans son aspect matériel que dans son aspect spirituel. Il est employé dans trois domaines : Vent, Dieu et Homme.

 

Il a sans doute connu une particulière évolution due à une certaine transposition.

 

Par ailleurs, dans la mentalité primitive dont l’écho est dans les textes anciens de l’Ancien Testament on pourrait parler des esprits du désert, de la mer, de l’orage, etc.

 

Mais chose curieuse jamais les démons ne sont désignés par le terme rûah.

 

 

1. L’emploi du terme Rûah dans le domaine « vent »

 

Il y a toutefois une force da la nature qui est désigné par ce terme, à tel point que ce terme est son nom même : c’est le vent. Peut-être pensera-t-on que le terme a d’abord désigné le vent, puis, à cause de ses caractères de mobilités, de puissance, on aurait utilisé ce nom dans ses acceptions diverses (voir Exode, 15 : 8,10 ; Job, 4 : 9 ; 15 : 30 ; 26 : 13 ; 32 : 8 ; 33 : 4 ; 34 : 14. Osée, 13 : 15. Psaumes, 18 : 16 ; 104 : 30. Esaie, 11 : 15 ; 30 : 28 ; 40 : 7).

 

Cependant, « il est remarquable que le vent n’est pas un Dieu, et n’est pas divin, même dans les plus vieux textes, et encore moins dans les plus récents ». (Daniel Lys, p. 338).

 

On doit, d’autre part, constater que le vent est associé à l’action de Dieu (dans la délivrance à travers la Mer Rouge : 2Samuel, 22 : 16) mais en même temps il est mis au second plan, quoique cette action, accomplie, directement par Dieu lui-même, soit le résultat d’un agent désigné par le terme rûah. Mais refusant au vent (Exode, 14 : 21) tout caractère divin et n’en faisant qu’un élément naturel dont Dieu se sert à son gré comme d’un instrument pour incarner son action à distance.

 

Le vent, instrument de Dieu pour faire l’histoire, avait deux rôles, le premier d’une portée salutaire pour le peuple de Dieu, le second est associé au châtiment en portant un caractère destructeur et dispersif.

 

Mais lorsque le vent n’est pas symbole d’anéantissement au service de Dieu, il devint symbole du néant, du fait, de sa nature insaisissable.

 

Cependant, durant l’exil des Juifs, il n’a plus qu’un rôle comparatif ; il garde un sens réel, non pas en tant que vent ; mais en tant que désignation des diverses directions géographiques.

 

Après l’Exil, le vent retrouve une action réelle et naturelle – mais toujours sous la main de Dieu, et avec une portée destructive montrant que l’homme ne peut subsister que par la grâce divine ; le vent garde, par ailleurs, sa valeur de signe d’anéantissement ou de néant dans des comparaisons.

 

« Parallèlement à cette évolution, écrit Daniel Lys, les Psaumes présentent le vent comme distinct de Dieu.

Le vent n’est qu’une créature, dont Dieu reste le maître, et qui lui doit obéissance et louange ; son rôle est sans doute particulier, du fait que le vent est rûah avec les caractéristiques qu’évoque ce terme ; il permet d’affirmer la présence active de Dieu tout en respectant sa transcendance » (p. 340).

 

D’autre part, bien que le terme rûah ait pu désigner le vent à l’exclusion de toute force naturelle, parce qu’il le désignait dès l’origine, il est aussi utilisé au sens d’esprit personnel en sorte que rûah au sens du vent, ne pourrait qu’avoir un sens spirituel (et pas simplement matériel). Cet unique terme, désignant si tôt le vent et un esprit, laisse entendre qu’à l’origine vent et esprit ne faisaient qu’un.

 

Ceci nous amène à parler de l’autre domaine où s’est employé le terme «Rûah » qui est celui de l’homme.

 

 

2. L’emploi du terme Rûah dans le domaine « homme »

 

Comme exemple nous vous renvoyons au passage de la Genèse (6 : 3) où on a évoqué le mot Rûah dans sa perspective humaine. Ce passage s’enchaîne avec le récit du déluge qui va aboutir à la limitation de la vie humaine. On peut donc penser que le rûah désigne le souffle de la vie.

 

« Or rûah n’est pas ainsi une entité divine habitant en l’homme, ni à plus forte raison devenue sa propriété ; c’est simplement l’affirmation que la vie de l’homme est précaire et dépend de Dieu, et tout particulièrement que cette vie précaire et dépendante s’exprime sous la forme de la respiration » (Daniel Lys, p. 42).

 

( Les textes à consulter : Genèse, 45 : 27 ; 6 : 17 ; 7 : 15. Exode, 6 : 9 ; 35 : 21. Nombres, 5 : 14, 30 ; 14 : 24 ; 16 : 22 ; 27 : 16. Deutéronome, 2 : 30. Josué, 2 : 11 ; 5 : 1.  1Rois, 10 : 5 ; 21 : 5 ; 2 : 9,15 ; 22 : 24.  2Rois, 2 : 16 ; 19 : 17. Job, 27 : 3 ; 32 : 8 ; 33 : 4 ; 34 : 14. Esaie, 31 : 3 ; 26 : 35 ; 1 : 15 ; 28 : 6 ; 29 : 10 ; 11 : 4 ; 52 : 5 ; 45 : 6. Jérémie, 51 : 17 ; 10 : 14. Ezéchiel, 3 : 14 ; 11 : 15,19 ; 13 : 3 ; 18 : 31 ; 20 : 32 ; 21 : 12 ; 37 : 1, 9, 10. Osée, 4 : 12 ; 5 : 4. Habaquq, 2 : 19. Malachie, 2 : 15, et d’autres).

 

Donc, en l’évoquant dans une situation concernant la création, rûah n’est rien d’autre qu’un élément de cette création.

 

Il est à noter que l’esprit et le souffle (tous les deux étant désignés par le terme rûah) sont le résultat du souffle du Créateur qui sauve à chaque instant sa créature de la précarité et de l’inertie, de la mort à la fois physique et spirituelle.

 

 

3. Rûah de Dieu

 

Quand on dit Esprit de Dieu, on comprend que la préposition « de » implique :

 

  1. 1.            que l’Esprit est une partie de Dieu,

 

  1. 2. ou un de ses attributs, 

 

  1. 3. ou encore l’Esprit est l’essence de Dieu lui-même, 

 

  1. 4. ou enfin la préposition suggère que l’Esprit est une propriété de Dieu, et par conséquent c’est une créature que Dieu possède et par laquelle il accomplit diverses actions. 

 

Dans la première interprétation on est en face d’une conception qui suggère que Dieu est composé.

En effet, cette conception est rejetée aussi bien par les Chrétiens que par les Musulmans.

 

Dans la deuxième, on se trouve devant une conception plus ou moins acceptable, du moins  par les Musulmans ; car Dieu par ses attributs se manifeste aux hommes. Les diverses  manifestations ne sont que les effets de ses attributs. Dans ce cas-là l’Esprit de Dieu s’identifie à Dieu lui-même de sorte qu’on ne peut prétendre séparer Dieu de son Esprit pour le considérer comme un Dieu distinct de lui.

 

La troisième interprétation ne diffère pas de la deuxième ; car « attributs » et « essence » conduisent aux mêmes conséquences.

 

Alors que dans la quatrième interprétation l’Esprit serait une créature de Dieu. On l’a attribué à Dieu pour lui conférer une certaine honorabilité et pour montrer que l’Esprit possède des caractéristiques le spécifiant des autres créatures.

 

Dans cette interprétation l’Esprit peut s’identifier à un ange éminent et sublime que l’on peut considérer comme étant le principal des anges.

 

Après ce préambule, nous revenons à la Bible pour retracer un schéma à cette notion biblique, dégagée des textes.

 

Nous pouvons remarquer que primitivement Rûah de Dieu a eu surtout un rôle d’inspiration, faisant de tel ou tel homme un libérateur, et reprenant au fond sur le plan de l’histoire ce que le souffle du texte de  2Samuel, 22 : 16 réalisait dans la nature.

 

Il s’agit d’interventions en des hommes pour que ceux-ci fassent l’histoire comme Dieu la veut (voir : Exode, 28 : 3 ; 31 : 3. Nombres, 11 : 17, 25, 26, 29 ; 27 : 18. Deutéronome, 34 : 9. Juges, 3 : 10 ; 6 : 34 ; 11 : 29 ; 14 : 6, 19 ; 15 : 14. 1 Samuel, 10 : 6, 10 ; 11 : 6 ; 16 : 13-14, 23 ; 19 : 20, 23.  2 Samuel, 23 : 2.  1Chroniques, 12 : 19.  2Chroniques, 15 : 1 ; 20 : 14 ; 24 : 20. Néhémie, 9 : 20, 30. Psaumes, 51 : 13 ; 139 : 7 ; 143 : 10. Proverbes, 1 : 23. Esaie, 11 : 2 ; 30 : 1 ; 32 : 15 ; 34 : 16 ; 40 : 13 ; 42 : 1 ; 44 : 3 ; 48 : 16 ; 59 : 16, 21 ; 61 : 1).

 

Ainsi, l’Esprit Saint conduit le peuple en inspirant son chef, et le monde en inspirant son peuple. L’œuvre de Rûah de Dieu en l’homme est toujours une œuvre de libération, sans contraindre l’homme mais éveillant son esprit, faisant témoignage intérieur et message et insufflant la sagesse à l’homme.

 

D’autre part, avoir le Saint-Esprit c’est être inspiré par Dieu et non par soi. Le terme souffle résume, selon Daniel Lys, la notion de relation existant entre Dieu et l’homme par l’intermédiaire du Rûah qui n’est pas une entité mais la relation elle-même, c’est une relation qui met l’homme sous la dépendance de Dieu, mais sans qu’il ait pour autant confusion. (cf., p. 353).

 

En outre, Daniel Lys souligne que Rûah n’est pas un Dieu à côté de Dieu, même quand il s’agit du Rûah de Dieu ; on pourra dire qu’avant tout Rûah c’est Dieu en relation (pas un autre Dieu ni une autre entité que Dieu). Quand Rûah concerne Dieu c’est alors Dieu lui-même en relation ; quand elle concerne la création elle n’est rien d’autre qu’un élément de cette création (cf., p. 32). En d’autres termes, Dieu manifestant ses attributs ; car les effets des attributs de Dieu dans la création sont les manifestations de Dieu, à l’égard de l’homme, dans cette création.

 

D’autre part, de même que l’homme ne peut vivre que si Dieu renouvelle son souffle, de même il ne peut agir efficacement que si Dieu l’inspire.

 

Par cette approche nous sommes amenés à aborder un thème délicat et en même temps important, vu les conclusions qui en résultent.

 

Ce thème concerne les emplois parallèles de : « l’Esprit de Dieu », « la parole de Dieu »,  « l’Ange de Dieu » et « l’Esprit venant de Dieu » (entité céleste), qu’on trouve dans des passages de la Bible.

 

En premier lieu, le mot Rûah est employé pour désigner une entité céleste (1Rois, 22 : 21 ; Juges, 9 : 23). Cette entité peut être rapproché de la signification du mot ange.

 

Il est à remarquer que cette Rûah est envoyée par Dieu comme on envoie un serviteur, qui se retire et revient[70](1Samuel, 16 : 23) et qui tourmente ou épouvante sa victime (1Samuel, 16 : 14) ou qui sépare et brouille différentes personnes (Juges, 9 : 23).

 

En second lieu, lorsqu’on constate un lien entre souffle et menace, c'est-à-dire entre esprit et parole, qui marque à la fois la présence et la transcendance de Dieu, on rejoint la 2e et la 3e interprétations de l’expression « Rûah de Dieu ». C'est-à-dire, Rûah de Dieu s’identifie à un attribut divin ou bien elle est équivalente à tous les attributs divins lorsqu’ils se manifestent au moyen du souffle et de la parole ; dans ce cas l’Esprit de Dieu est équivalent à l’expression : « Essence divine ».

 

Nous trouvons, en effet, des passages qui mettent en parallèle l’Esprit et la parole de Dieu dans (Esaie, 59 : 21) : « Voici mon alliance avec eux, dit l’Eternel : Mon Esprit, qui repose sur toi, et mes paroles, que j’ai mises dans ta bouche, ne se retireront point de ta bouche, ni de la bouche de tes enfants, ni de la bouche des enfants de tes enfants. », et ( 61 : 1)  « L’Esprit du Seigneur, l’Eternel, est sur moi, car l’Eternel m’a oint pour porter de bonnes nouvelles aux malheureux… » ;  non pas à la façon de  Esaie, 34 : 16 : « Consultez le livre de l’Eternel, et lisez ! Aucun d’eux ne fera défaut, ni l’un ni l’autre ne manqueront ; car sa bouche l’a ordonné. C’est son Esprit qui les rassemblera. » ; mais plutôt à la façon de 2Samuel, 23 : 2 : « L’Esprit de l’Eternel parle par moi, et sa parole est sur ma langue ».

 

Dans Esaie, 32 : 15 et 36 : 27 où il s’agit moins « d’Esprit » que de « parole », l’intervention de l’Esprit et de la parole de Dieu dans son prophète, non par une action contraignante mais par un message bouleversant, préparant les temps à venir.

 

Par ailleurs, en Esaie, 63 : 11, 12 et 13 il y a une allusion à la victoire sur les eaux à travers lesquelles Dieu a sauvé son peuple, dont il avait confié la conduite à Moïse, en faisant un parallèle entre Rûah et l’Ange de Dieu.

 

En Psaumes, 35 : 5 on parle d’un mal’akh (ange) en parallèle avec le vent. En fait il s’agit de l’Ange de Dieu pourchassant les ennemis du juste. Et le verset 6 forme un autre souhait de mort qui aussi en parallèle avec l’intervention de l’Ange de Dieu.

 

En Esaie, 17 : 13 c’est l’image du vannage à propos de la destruction d’un peuple. Ici le vent n’est pas un élément destructeur (comme par ex. dans Job, 1 : 19 et Jonas, 1 : 4 et 4 : 8), accomplissant un rôle de jugement mais il n’est que comparatif pour le problème de la justice sur le plan des relations humaines : ici, celui qui interviendra, c’est l’Ange de Dieu.

 

Le mal’akh du verset 5 (Psaume, 35), malgré la conjonction, pourrait à la rigueur être présenté comme apposition à « vent ». En réalité, les activités du Rûah de Dieu décrites dans divers passages (1Samuel, 16 : 23 ; 16 : 14, 15 ; Juges, 9 : 23 et d’autres) ressemblent à celles de l’Ange de Dieu :

 

* La Genèse, 41 : 38, le pharaon disait en parlant de Joseph : « Pourrions-nous trouver un homme comme celui-ci, ayant l’Esprit de Dieu ? »

 

* Les Nombres, 24 : 2 : « Balaam leva les yeux et vit Israël campé selon ses tribus. Alors l’Esprit de Dieu fut sur lui. Balaam prononça sa sentence et dit : oracle de Balaam… oracle de celui qui entend les paroles de Dieu ».

 

* 1Rois, 18 : 12 : « Puis, lorsque je t’aurai quitté, l’Esprit de l’Eternel te transportera je ne sais où ».

 

* 2Rois, 2 : 16 : « … peut être que l’Esprit de l’Eternel l’a emporté et l’a jeté sur quelque montagne ou dans quelque vallée ».

 

* Esaie, 63 : 10-14 : « … Ils ont attristé son Esprit Saint ; et il se changea pour eux (les Israélites) en ennemi, c’est lui qui a combattu contre eux… Où est celui qui mettait au milieu d’eux son Esprit Saint ? Il fit mouvoir, à la droite de Moïse, son bras resplendissant, il fendit les eaux devant eux… l’Esprit de l’Eternel les a menés au repos ».

 

* Dans Esaie, 48 : 16, l’Esprit est un envoyé comme le prophète lui-même. Dans Ezéchiel, 3 : 12 « l’Esprit m’enleva, et j’entendis derrière moi le bruit d’une grande rumeur… un esprit qui m’enleva et m’emporta ».

 

* Dans Ezéchiel, 3 : 24 et 2 : 2   « l’Esprit entra en moi et me fit tenir sur mes pieds ». Ici l’Esprit est complètement distinct de Dieu.

 

* Dans Ezéchiel, 8 : 3 : « Il étendit une forme de main et me saisit par une mèche de ma chevelure. L’Esprit m’enleva entre la terre et le ciel, et me transporta dans les visions divines… » (voir aussi Ezéchiel, 11 : 1,8,24 ; Aggée, 2 : 5).

 

* Dans Zacharie, 7 : 12 : « Ils rendirent leur cœur dur comme le diamant pour ne pas écouter la loi et les paroles que l’Eternel des armées leur avait envoyé par son Esprit, par l’intermédiaire des premiers prophètes ».

 

Il est clair, dans ce texte, que l’Esprit est considéré comme un envoyé au prophète au même niveau que les prophètes ; envoyés de Dieu au peuple. L’Esprit peut être considéré ici comme un ange ; agent qui transmet la parole divine aux prophètes.

 

* D’autre part, dans Ezéchiel, 11 : 5, il est dit : « Alors, l’Esprit de l’Eternel tomba sur moi, il me dit : Ainsi parle l’Eternel… ».

 

Cette formule est semblable à celle utilisée aussi bien par l’Ange de l’Eternel que par les prophètes. L’Esprit ici se comporte comme un ange envoyé de Dieu.

 

* Par ailleurs, dans Ezéchiel, 37 : 9-10, il est dit : «  Il me dit : prophétise et parle à l’Esprit… Tu diras à l’Esprit : Ainsi parle le Seigneur, l’Eternel ; «  Esprit, vient des quatre vents, souffle sur ces morts, et qu’ils revivent ! ».

L’Esprit ici est une entité, il souffle ; il parait qu’il a le même sens qu’un ange.

 

En ce qui concerne l’expression « l’Ange de Dieu » ou « de l’Eternel », on constate que dans quelques passages de la Bible on confond l’Ange de Dieu avec Dieu lui-même et dans d’autres, l’Ange ou l’Envoyé de Dieu se présentent comme étant Dieu :

 

  1. 1.            Dans Zacharie, 6 : 8, l’Ange parle à Zacharie et se présente comme étant Dieu. Dans Juges, 2 : : 1,4, l’Envoyé s’est présenté comme étant Dieu lui-même.
  2. 2. Dans Genèse, 22 : 11, Exode, 3 : 2 et Juges, 6 : 11-24  on confond l’Ange avec Dieu. 

 

L’explication que nous pourrions avancer est la suivante : l’Ange de Dieu, ou l’Envoyé de Dieu se comportaient de la sorte parce qu’ils sont les portes paroles de Dieu.

 

En ce qui concerne les activités de l’Ange de Dieu nous citons les passages qui les décrivent :

 

  1. 1.            Dans la Genèse, 16 : 9,  l’Ange délivre et annonce des nouvelles.
  2. 2.            Dans la Genèse, 21 : 17,  l’Ange n’est pas confondu avec Dieu ; car Dieu a entendu la prière et l’Ange a répondu à l’appel ; comme s’il avait reçu un ordre divin pour l’exaucer.
  3. 3.            Dans l’Exode, 14 : 19  l’Ange est en parallèle à l’Esprit. Alors que dans les Nombres, 22 : 22-35, l’Ange de Dieu s’est présenté comme un simple ange.

 

Par ailleurs, dans Juges, 2 : 1,4  l’Envoyé de l’Eternel est comparable à l’Ange et à l’Esprit.

 

Il est à noter que dans divers passages on rapporte que la conduite et la délivrance des Israélites furent faites une fois par l’Esprit Saint et une autre fois par l’Ange de Dieu. Dans le passage ci-dessus (Juges, 2 : 1,4), cet Envoyé peut être identifié aux deux ; mais à plus forte raison à l’Ange, parce qu’il parlait et on entendait sa parole. En outre cet Envoyé s’est présenté comme Dieu lui-même qui a conclu l’alliance avec les Israélites ; l’Envoyé se comportait ainsi parce qu’il est le porte parole de Dieu.

 

Mais dans 2Rois, 19 : 35,  l’Ange frappa dans le camp des Assyriens 18500 hommes et dans 1 : 3,15 l’Ange parle et ne se présente pas comme Dieu lui-même. Dans Zacharie, 1 : 12, l’Ange adresse la parole à Dieu et se présente comme étant une créature qui dépend de la volonté divine. Et dans 3 : 1-8, et 12 (du même livre), l’Ange a une relation immédiate avec Dieu qui mettait ses paroles dans sa bouche. Il entend se présenter comme un messager venant directement de Dieu, et il emploie même la formule ordinaire « Ainsi parle l’Eternel… » signe de la transmission d’un ordre divin, employée par les prophètes.

 

Donc les deux délivrent (comme le fait de refouler la Mer Rouge), annoncent des nouvelles, combattent l’ennemi et tous les deux sont confondus avec Dieu ; en raison du message qu’ils transmettent ou des actes qu’ils opèrent. Les deux sont des envoyés et des intermédiaires qui transmettent la parole divine aux prophètes.

 

En fait, les deux expressions sont employées (en apparence) pour deux agents réalisant les mêmes actes (comme le fait de refouler les eaux de la Mer Rouge qui est attribué à Dieu lui-même, à son Esprit et à son Ange) et parfois l’un se substitue à l’autre.

 

D’autre part, l’Esprit est en parallèle à la face divine dans Psaumes, 51 : 13 et 139 : 7.  De même l’Ange est devant la face de Dieu dans Esaie, 63 : 9.

 

Toutes ces données nous convainquent que l’Esprit saint dans une de ses acceptions est l’Ange de l’Eternel lui-même. Ils sont deux expressions d’une même réalité : l’aspect qui peut se matérialiser dans l’Ange et l’aspect « spirituel » dans l’Esprit Saint ; le premier annonce et délivre en prenant une forme et l’autre dans les textes récents de la Bible, agit de l’intérieur de l’homme.

 

Nous concluons que l’Ange et l’Esprit sont une seule personne, révélée sous deux formes, exécutants les ordres divins. C’est ainsi que nous arrivons à la quatrième interprétation. Ce cas  est en effet analogue à l’expression qui fait de l’esprit humain un esprit de Dieu bien qu’il soit sa créature.

 

Cette interprétation est compatible avec les sens du terme « Esprit Saint » employé dans le Coran et qui est réservé pour désigner l’archange Gabriel. Ce point de vue peut être confirmé par le passage d’Esaie que nous avons vu ( 63 : 9-14), où l’Ange qui est devant la face de Dieu (V. 9) est celui qui a sauvé les Israélites de Pharaon. Cet Ange, que nous avons démontré qu’il est l’Esprit Saint, peut être Gabriel ; car dans Luc, 1 : 19, Gabriel a dit à Zacharie : « Moi, je suis Gabriel, celui qui se tient devant Dieu ». Dans le verset 10 d’Esaie, il est dit : « Ils (les Israélites) ont attristé son Esprit Saint » ; le pronom possessif « son » revient à l’Ange cité dans le verset 9 ; c'est-à-dire les Israélites ont attristé l’Esprit (Saint) de l’Ange ; ce qui signifie que l’Ange a un Esprit et que cet Esprit est radicalement différent de celui des autres, du moins des hommes, que l’on a qualifié de « Saint ». Ou bien l’adjectif possessif revient à Dieu ; ce qui identifie, dans les deux cas, l’Esprit à l’Ange[71].

 

Récapitulons les diverses conceptions ou les diverses notions qui renferment le terme « Esprit » employé dans la Bible.

 

 

  1. 1.            l’Esprit a la signification de l’esprit humain. Cet esprit est un don divin ; il n’est pas un Dieu et ne revêt pas un caractère divin.

 

  1. 2.            L’Esprit a la signification de la parole divine (la révélation).

 

  1. 3.            La troisième notion est en parallèle avec celle de l’Ange de l’Eternel, et, nous y avons montré qu’en une certaine conception de l’Esprit, c’est l’Ange lui-même et que cet Ange est l’Ange Gabriel.

 

 

L’Esprit saint dans le Coran

 

Les trois conceptions ci-dessus sont en parfaite concordance avec les notions coraniques que nous allons étudier et exposer :

 

  1. 1.            La notion d’un esprit humain :  dans le Coran (15 : 28-29) il est dit : « Lorsque ton Seigneur dit aux Anges : « Je vais créer un mortel d’une argile extrait d’une boue malléable. Après que je l’aurai harmonieusement formé, et que j’aurai insufflé en lui de mon Esprit[72] : tombez prosternés devant lui » (et voir 32 : 6-9).

 

  1. 2.            La signification de la parole divine (la révélation) : dans le Coran (16 : 2) il est dit : « Il fait descendre les Anges avec l’Esprit qui provient de son commandement sur qui il veut parmi ses serviteurs… » (voir aussi 40 : 15 et 42 : 52).

 

  1. 3.            L’Esprit[73] est équivalent à Gabriel.

 

L’archange Gabriel est désigné parfois par l’expression : « Esprit Saint » et parfois par « l’Esprit » ou « Notre Esprit » tout simplement. Mais dans d’autres cas par ses attributs ou ses qualités.

 

Le Coran (2 : 87) dit : « Nous avons accordé des preuves incontestables à Jésus, fils de Marie et nous l’avons fortifié par l’Esprit de sainteté ». (Et voir : 2 : 253).

 

En parlant du Coran il dit : « Dis : « l’Esprit de Sainteté l’a fait descendre avec la vérité de la part de ton Seigneur comme une direction et une bonne nouvelle pour les soumis, afin d’affermir les croyants » 16 : 102.

 

En parlant de Marie mère de Jésus il dit : « Elle plaça un voile entre elle et les siens. Nous lui avons envoyé notre Esprit : Il se présenta devant elle sous la forme d’un homme parfait… » 19 : 17-19 et voir : 66 : 12.

 

En parlant du Jour Dernier il dit : « Les Anges et l’Esprit montent vers lui (Dieu) en un jour dont la durée est cinquante mille ans » 70 : 4. Et il dit : « Le jour où l’Esprit et les Anges se tiendront debout sur une rangée, ils ne parleront pas. Sauf celui à qui le         Miséricordieux l’aura permis et qui prononcera une parole juste » (78 : 38).

 

En parlant de la Nuit Sacrée du mois de Ramadan il dit : « Les Anges et l’Esprit descendent durant cette nuit, avec la permission de leur Seigneur… » 97 : 4.

 

 

De ces versets nous comprenons que l’Esprit de Sainteté (ou « l’Esprit ») désigne l’archange Gabriel ; car dans d’autres versets le Coran montre que celui qui a communiqué le Coran au prophète Mohammad est Gabriel, comme ce verset : « Dis : « Quiconque est ennemi de Gabriel. C’est lui qui a fait descendre sur ton cœur avec la permission de Dieu le Livre qui confirme ce qui était avant lui : Direction et nouvelle pour les croyants[74] » (2 : 97). (Voir aussi : 26 : 192-194 et 16 : 102).

 

Il est appelé messager noble comme dans : 81 : 19-21 : « Ceci est la parole d’un noble messager, doué de force auprès du Maître du trône inébranlable, obéi autant que fidèle ».

C'est-à-dire non la parole d’un démon comme prétendaient les ennemis du prophète Mohammad.

 

Ce dernier verset fournit des qualificatifs et des caractéristiques à Gabriel. Ce qui attire notre attention c’est l’expression : « doué de force ». Car, en réalité, le sens du mot « Gabriel » en hébreu est : « Dieu est ma force » ou « ma force est de Dieu ».

 

Gabrî  = ma force ( î = ma , Gabr = force , El = Dieu).

 

Ces deux termes ont les mêmes sens en arabe :

 

La racine : J, B, R  est employé dans des acceptions qui se rapprochent les unes des autres :

 

- Jabara (un os) : remettre un os cassé, consolider.

 

- Jabara (quelqu’un) : l’assister dans la misère, le rétablir, le mettre sur pied.

 

- Jabara (quelqu’un) : le réconforter, lui faire plaisir.

 

- Jabara ( et Ajbara) qq. A faire qqch. : le forcer, le contraindre à la faire.

 

- Jabran : par force.

 

- Jabr : le fatalisme.

 

- La science al-Jabr : l’Algèbre.

 

EL = Dieu en arabe.

 

 

Il est à noter que dans la Bible, les Anges envoyés aux hommes sont, jusqu’au livre de Daniel, anonymes. Mais à partir de ce dernier livre ils portent des noms en relation avec les devoirs ou les responsabilités que Dieu leur assigne ; comme dans l’annonce faite à Zacharie (Luc, 1 : 19) et à Marie (Luc, 1 : 26), l’Ange Gabriel instruit les hommes auxquels il est envoyé, des merveilles de la puissance divine. Et dans des visions où les révélations divines s’expriment sous des formes symboliques qui exigent un exégète, l’ange interprète, qui est Gabriel dans le livre de Daniel, joue ce rôle important. Il parait que l’identification des anges, surtout les principaux, a été révélée progressivement jusqu’à l’identification finale de l’Esprit Saint, qui est Gabriel, par la révélation qu’a reçue le prophète Mohammad.

 

Le Coran, donc, a enlevé l’ambiguïté de cette formule, qui a amené les Chrétiens à considérer l’Esprit Saint comme un Dieu distinct de Dieu, alors qu’il est simple créature.

 

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CHAPITRE IV

 

 

Les arguments rationnels annulant

 

le dogme de la Trinité

 

Le Coran déclare : « Oui, ceux qui disent : « Dieu est en vérité, le troisième de trois » sont impies » 5 : 73.

 

Avant d’aborder cette question nous soulignons quelques remarques :

 

  1. 1.            Le dogme de la Trinité n’existait pas avant les Chrétiens depuis Adam jusqu’à l’époque de la formation de ce dogme.

 

  1. 2.            Jean-Baptiste avait douté en Jésus lorsqu’il s’était demandé si c’est Jésus qu’on attendait ou non : « … Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?... » (Matthieu, 11 : 2).

 

Selon ce texte Jean-Baptiste n’avait pas connu son Dieu qui est Jésus. Et de cette constatation, il en déroule plusieurs conséquences : en premier lieu, Jean-Baptiste serait mécréant. En second lieu, cette mécréance est en contradiction avec sa fonction de prophète, sinon du plus grand prophète ! D’autre part, un prophète ignore-t-il son Dieu ? Et si cela proviendrait d’une personne qui avait baptisé Jésus, qu’aurait été alors l’attitude des autres prophètes avant lui, et celle des simples croyants ?

 

  1. 3.            Si le dogme de la Trinité est une vérité il aurait été expliqué clairement par les prophètes, depuis Noé jusqu’à Jésus, notamment Moïse aux Israélites. Et il aurait été indispensable qu’un dogme considéré comme le salut de l’humanité, soit parfaitement explicité dans l’Ancien Testament. Or quand on le vérifie, on constate que Moïse avait, maintes fois, répété les principes de la loi, notamment les dix commandements, sans qu’il fit allusion à la Trinité. Toutefois il avait répété le dogme de l’unité de Dieu en plusieurs formules d’affirmations. Par ailleurs, on avait rapporté dans l’Ancien Testament des récits insignifiants tout en négligeant le dogme de la Trinité ; ancre du salut.

 

D’autre part, même l’Evangile, où sont rapportés les dires, plus ou moins authentiques, attribués à Jésus, on ne retrouve pas de déclarations claires et sans ambiguïté, que Dieu est : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, que la Trinité, en laquelle il faut croire, est incompréhensible, que Jésus est Dieu lui-même !

 

Après ces remarques nous essayons d’exposer les arguments rationnels qui montrent que la Trinité et la raison sont des choses inconciliables. Et c’est la raison pour laquelle les Chrétiens qualifient ce dogme de « mystère » ; et lorsqu’on leur montre sa contradiction avec la raison, ils vous demandent de croire aveuglément sans essayer de comprendre ou de discuter.

 

Cependant, avant d’en discuter les détails et le fondement nous reproduisons le texte, que nous avons vu plus haut, d’un commentaire de la Bible, qui explique le dogme de la Trinité :

 

Le dogme de la Trinité expliqué par un théologien chrétien :

 

« Dans la révélation progressive du Nouveau Testament, se manifeste le seul vrai Dieu, existant en trois personnes divines, appelées ici : « Le Père », « Le Fils » et « Le saint-Esprit ».

 

1. Caractéristiques : Chacune des trois Personnes de la divinité possède ses caractéristiques propres et se distingue nettement des Autres. Cependant, toutes trois sont égales quant à leur essence, leur puissance, et leur gloire : Chacune porte le nom de « Dieu » ; chacune possède tous les attributs divins ; Chacune accomplit des œuvres divines ; Chacune est digne de recevoir les honneurs dus à Dieu.

 

2. Activités : Un ordre s’établit dans leur manifestation : le Père vient d’abord, le Fils ensuite, et, en troisième lieu, le Saint-Esprit ; Le Père est celui de qui viennent toutes choses ; le Fils, celui par qui tout est accompli ; le saint-Esprit, celui par qui tout est réalisé ; et tout est pour Dieu.

Malgré tout, aucune des Personnes de la Trinité n’agit indépendamment des autres. Mais leur accord est permanent.

 

3. Révélation : Le Nouveau Testament, par la révélation qui lui est propre, ne dément pas le monothéisme absolu de l’Ancien Testament : Dieu unique en trois personnes. Les personnes de la Trinité sont un seul Dieu, non trois Dieux[75]. Dans l’Ancien Testament il était nécessaire de mettre l’accent en premier lieu sur la révélation du Dieu Unique pour éviter toute équivoque avec les tendances polythéistes. Cependant, la pluralité de Personnes du seul vrai Dieu apparaît même dans l’Ancien Testament s’il est lu à la lumière du Nouveau Testament.

 

4. Mystère : Il faut confesser que la Trinité est un grand mystère échappant à la possibilité d’une explication complète. » (Note, Matthieu, 28 : 19. la nouvelle édition de la Bible, L. Segond, éd. La Société biblique de Genève 1975).

 

Critique de ce texte

 

Lorsqu’on essaie d’analyser ce commentaire on trouve d’énormes contradictions, absurdités et invraisemblances.

 

Le texte dit : « Chacune des trois Personnes de la divinité possède ses caractéristiques propres et se distingue nettement des Autres ».

 

Quand on dit trois personnes, on conçoit qu’elles se distinguent. Si ces personnes se distinguent elles ne seront pas égales quant à leur essence, à leur puissance, à leurs qualités. Pourtant le texte dit qu’elles sont trois, qu’elles se distinguent et que chacune porte le nom de « Dieu » ; donc ce sont trois Dieux et non pas un ; ce qui est en contradiction avec les données de la phrase d’en dessous qui dit : « Les personnes de la Trinité sont un seul Dieu, non trois Dieux ».

 

Le texte dit : « chacune possède tous les attributs divins », ceci implique deux choses : la première consiste à montrer que chacune est indépendante des autres. Ce qui entraîne à dire qu’elles sont trois Dieux qui se distinguent par leurs attributs. La seconde montre qu’elles sont identiques et qu’aucune distinction entre eux aussi bien en leur essence qu’en leurs attributs ne peut être relevée  ; ce qui entraîne à dire que cette Trinité est imaginaire et non pas un fait réel.

 

En ce qui concerne leurs activités, le texte montre que le Père est le premier, le Fils le second et le Saint-Esprit le troisième ; ceci implique d’une part que l’un se distingue des deux autres et que d’autre part, aucune égalité n’existe entre eux. Cependant, selon le texte, c’est le Père qui décide ce qu’Il veut et le réalise par le truchement du Fils et de l’Esprit Saint. Dans ce cas, le Fils et l’Esprit Saint sont des instruments dans la main du Père ; Ils ont le même rang que les Anges. Jésus, comme nous l’avons vu, affirmait qu’il est venu pour accomplir la volonté de Dieu et non sa propre volonté.

 

Le commentaire prétend que la Trinité ne dément pas le monothéisme absolu de l’Ancien Testament. Mais en réalité quand on dit Trinité on conçoit polythéisme et non monothéisme ; parce que polythéisme = pluralité de dieux que le commentaire lui-même a soulignée.

 

En fin le commentaire reconnaît que cette croyance est un mystère qui échappe à l’explication ; c'est-à-dire incompréhensible.

 

Critique rationnelle du dogme de la Trinité[76]

 

Par ailleurs, quand on se réfère à la raison pour essayer de comprendre cette croyance on se heurte à de multiples contradictions :

 

1. Lorsqu’on dit qu’il y a trois personnes divines, et que chacune se distingue des autres, on aura deux conséquences : ou bien elles se distinguent par des attributs nobles ou bien non.

 

Si elles se distinguent par des attributs nobles, cela amène à dire que chacune possède ce que les autres ne possèdent pas. Donc, chacune est en même temps parfaite et imparfaite. Et si elles se distinguent par des attributs qui ne sont pas nobles, celle qualifiée de ces attributs n’est pas un Dieu.

 

2. Lorsqu’on dit qu’il y a trois personnes divines, et que chacune se distingue des deux autres par sa propre existence, ceci nécessite qu’il n’existe pas réellement un seul Dieu ; mais une composition imaginaire entre ces trois. La composition réellement conçue est celle où on peut concevoir un besoin réciproque entre les éléments composants de cette chose. Or, le besoin est une caractéristique des êtres crées et non de Dieu.

 

3. On dit que 3 personnes = 1 Dieu. Cette théorie est en contradiction avec les simples données élémentaires de la raison et de la logique.

 

Le « Un » réel n’a pas de tiers entier, car le tiers c’est 1/3 ; mais le « Trois » a un tiers entier qui est le « un ».

 

Trois est une somme de trois unités : 1+1+1. Le « Un » qui est réellement « Un » n’est pas une somme de 1+1+1 ; mais de 1/3 + 1/3 + 1/3.

 

Si on dit que 3 = 1 et 1 = 3 nous arrivons à dire que la partie = le tout ; c’est comme on dit : le mur d’une salle = la salle elle-même, un tiroir = son bureau et un pneu = la voiture.

 

Anecdote : On racontait qu’un prêtre a enseigné la religion chrétienne à trois personnes qui venaient de se convertir, surtout le dogme de la Trinité. Un ami de ce prêtre vint le voir. Il lui demanda s’il y eut des nouvelles. Le prêtre l’informa de la conversion de ces trois hommes. Alors l’ami voulait écouter et savoir si ces trois hommes connaissaient bien le dogme de la Trinité. Le prêtre appela le premier et lui posa une question concernant la Trinité. Cet homme répondit : vous m’avez enseigné qu’il y a trois dieux. Le premier est dans le ciel, le deuxième est né de la vierge Marie et le troisième est celui qui était descendu comme une colombe sur le deuxième dieu à l’âge de 30 ans. Le prêtre s’irrita et le chassa. Il appela ensuite le deuxième : celui-ci dit : Vous m’avez enseigné que les dieux sont trois, l’un des trois a été crucifié, il reste maintenant deux. Le prêtre le chassa également.

 

Enfin, le troisième qui était très intelligent et qui a bien appris ses leçons, en répondant à la question du prêtre, dit : Mon seigneur, j’ai appris parfaitement ce que vous m’aviez enseigné et j’ai compris, grâce à mon Seigneur Jésus, que le « Un » est « Trois » et que les « Trois » est « Un » et qu’il y a union entre eux. « Un » des trois a été crucifié et tué, donc à cause de l’union entre les trois, ils ont été tous morts. Maintenant il n’existe pas de Dieu, sinon nous devons renier l’union entre les trois.

 

 




[33] Nous entendons par cause psychologique :

1-       Le rôle de l’imagination des rapporteurs dans la déformation des faits, concernant la vie et les dires du Christ, sous l’empire de l’exaltation.

2-       L’effet de la moralité des rapporteurs dans la valeur des textes rapportés. C'est-à-dire ces rapporteurs étaient-ils véridiques ou non ? Ce facteur, nous l’avions traité dans la première partie lorsque nous avions exposé les contradictions, les erreurs et les divergences figurant dans le N.T.

[34] « Les pharisiens » est un parti juif observant les traditions et croyant à la résurrection des morts et au monde invisible. L’autre parti, les Sadducéens, n’y croyait pas.

[35] Un des quatre empires constituant le grand empire d’Alexandre le Grand, divisé après sa mort en quatre royaumes. Celui-ci se situait dans la Syrie, Palestine et Mésopotamie.

[36] Péripatéticien. Le péripatétisme est une philosophie sociale qui affirme la valeur des biens externes et corporels et de la vie pratique et politique = à l’Aristotélisme.

[37] Les stoïciens. Ecole philosophique orientée vers la morale, le stoïcisme professe que le bonheur est dans la vertu. Les principes doctrinaux vont être détaillés plus loin.

[38] C’étaient des empereurs philosophes romains.

[39] Dans un telle exégèse le lien entre le texte et son interprétation paraîtra toujours arbitraire. On sera porté à accuser Paul de chercher intentionnellement à introduire dans les textes les doctrines qu’il voulait prouver. Cette méthode allégorique, souvent hardie, modifie catégoriquement les significations et les portées réelles des versets de l’Ecriture.

[40] Malheureusement, les exégètes n’avaient pas généralisé cette interprétation pour expliquer des termes renfermant des concepts métaphoriques ; comme ceux du Fils et du Père, sur lesquels le Christianisme fonde ses bases dogmatiques.

[41] C’est un mot grec qui  signifie « parole », « raison ».

[42] Les idées d’Héraclite concernant le logos sont différents de celles des Stoïciens vues plus haut.

[43] L’idée du « logos-formule » ou parole était intimement liée à l’idée du logos principe physique et moral, c’est, en effet, par cette mythologie grecque que nous pouvons établir l’unité entre les éléments divers que présente la théorie du logos.

[44] Nous soulignons ici la ressemblance entre les propriétés et les attributs de Jésus, chez les chrétiens, et ceux des mythes égyptiens.

[45] Cette expansion de l’arianisme, vaste et rapide, montre qu’Arius n’était que plus zélé et plus courageux que les autres. Les évêques et la population des autres provinces partageaient avec lui la même doctrine ; mais ils n’osaient pas la montrer jusqu’à ce que ce dernier la proclamât au milieu de la population égyptienne, et trouva le soutien des autres provinces.

[46] Edition : La société Biblique de Genève, 1975. Notes et commentaires de C.I. SCOFIELD.

A noter qu’il est facile de relever les contradictions dans ce commentaire.

[47] Remarquons qu’il a dit plus haut que chaque personne est appelée Dieu.

[48] Grégoire était un arien et, c’était la cause pour laquelle il a été obligé de démissionner et de partir, par peur peut-être de l’autorité politique.

[49] En réalité on n’a pas évoqué sinon discuté le terme Saint-Esprit dans le 1er concile.

[50] Par exemple, le choix des villes avait une influence importante sur les résultats du concile, surtout si cette ville est celle de l’empereur comme c’était le cas dans les deux premiers conciles (de 325 et de 381).

[51] L’âme ici est l’Ame universelle de Bréhier. C'est-à-dire la 3e personne de cette Trinité ; l’esprit chez J. Trouillard est équivalent à l’intelligence de Bréhier (c'est-à-dire la 2e personne). La terminologie diffère d’un auteur à l’autre.

[52] Voici ce qu’on a écrit à propos du terme hypostase dans le dictionnaire : Idées et méthodes : « Hypostase. - Ce mot, qui joue un si grand rôle dans les écoles d'Alexandrie et d'Athènes, depuis Plotin jusqu'à Proclus, est l'indication d'une doctrine qui suppose un Dieu qui, sans sortir de lui-même, se transforme éternellement en une essence d'un ordre inférieur, pour ne pas tomber dans le mouvement nécessaire au Dieu créateur. Plotin, pour expliquer Dieu et le monde, s'appuie sur la nécessité d'un intermédiaire entre l'absolu et le mobile. Il admet donc en Dieu :

1° une hypostase supérieure qui possède la perfection infinie sans mélange d'action ni de multiplicité;

2° une hypostase inférieure à la première, l'intelligence en soi;

3° une hypostase capable de produire le monde, mais mobile et inférieure à la précédente.

Tels sont les trois principes en un seul être, reconnus par toute l'école néoplatonicienne, l'Un, ou le Bien, qui est le Père; l'Intelligence, qui est le fils; l'âme, qui est le principe universel de la vie.

Dans l'Église catholique, le mot hypostase fut employé avant celui de personne, en parlant de la Trinité. Pour exprimer la distinction de la divinité et les attributs des trois personnes, on disait qu'il y avait en Dieu trois hypostases en une seule essence. Le mot est grec (upostasis), les Latins firent prévaloir le mot personne.

 

[53] La mère de Marie regrette de n’avoir pas eu un garçon, qui eût pu servir dans le Temple, où les filles ne sont pas admises.

[54] Zacharie était vieux et sa femme était stérile.

[55] Littér. Il l’appela (c’est dire un ange qui l’appelle).

[56] Littér. Sœur Aaronide. Les mots « sœur » et « frère » s’emploient couramment en arabe pour « membre de la tribu ». Rappelons que Marie fut adoptée par Zacharie, que lui et sa femme  étaient descendants d’Aaron (Luc, 1 : 5), et que Marie était parente de la femme de Zacharie (Luc, 1 : 36). Elle a été donc descendante d’Aaron par ses deux parents ou au moins par l’un d’eux.

[57] Le très glorieux ou Ahmad en Arabe. Le Prophète Mohammad disait : « Je m’appelle Mohammad sur la terre, mais Ahmad dans le ciel. » Le sens des deux noms est presque identique.

Cette prédiction que le Coran met dans la bouche de Jésus rejoint celle que Jean rapporte (Jean, 14 : 16) : « Je prierai le Père, et il vous donnera un autre Directeur ». Le mot Paraklétos, que les Chrétiens traduisent par Consolateur, signifie également Directeur (Imam) et plus proprement dans le contexte de Jean (16 : 13) : « Quand le Directeur sera venu, l’Esprit de vérité, il vous dirigera… car il ne parlera pas de lui-même… ». Signalons qu’un auteur du VIIIe siècle, Ibn Is-haq cite le passage de Jean (14 : 16) pour dire que « Biri-Klutus », en langue des Roum signifie « Mohammad ». Qui sait si dans les Evangiles de son époque il ne lisait pas Periklytos au lieu de Paraklétos ? (note de M. Hamidullah sur le verset 6 de la sourate 61 de sa traduction du Coran).

[58] Pour répondre à cette question les théologiens musulmans avancent les raisons suivantes :

A chaque époque on trouve la prépondérance et la perfection, chez un peuple, de certaines sciences, superstitions ou certains arts littéraires. Dieu envoya un prophète à chaque peuple. Et, par l’intermédiaire de son messager, il leur exposa des miracles qui dépassaient de loin leur propre science ou superstition.

Par exemple à l’époque de Moïse les magiciens de l’Egypte formaient la caste des dirigeants religieux, scientifiques et intellectuels du peuple Egyptien. Dieu donna  à  Moïse un miracle qui convenait à ce qui était répandu en l’occurrence ; mais qui surpassa toutes les jongleries des magiciens, pour prouver la véracité de sa mission (cf., Coran, 7 : 111-112 ; 20 : 60-70).

A l’époque de Jésus il y avait des idées matérialistes et de grands médecins et philosophes etc. Il est donc convenable d’avancer des miracles qui défiaient les sages de l’époque et confirmaient la véracité de son message. Les médecins, incapables de guérir un lépreux, de rendre la vue à un aveugle-né, de ressusciter les morts etc., en voyant ces prodiges se réaliser sous leurs yeux, ils concluraient que ces actes miraculeux étaient hors des capacités humaines et ne provenaient pas de la puissance terrestre ; par conséquent ils reconnaîtraient la véracité de celui qui les effectuait.

Enfin à l’époque de Mohammad, les Arabes se vantaient de leur éloquence et de leur subtilité dans l’art littéraire, surtout en poésie. Alors Dieu révéla au prophète Mohammad le Coran comme preuve de sa véracité. Dieu dans le Coran défie tous les hommes, surtout les Arabes et notamment les poètes et les lettrés de composer un livre comparable au Coran, ou seulement dix chapitres, ou même un seul (voir Coran, 2 : 23 ; 10 : 38  ; 11 : 13 ; 52 : 34 ). Aucun poète ni lettré n’a pu soulever ce défi. Convaincus de leur incapacité, ils s’abstiennent de la compétition et recourent premièrement aux accusations mensongères et finalement aux armes pour étouffer la religion naissante. En fait, ils s’étaient abstenus de concurrencer le Coran bien que cette concurrence, s’ils gagnaient, leur épargnerait corps et biens et révélerait que Mohammad était un imposteur. Cette incapacité de composer un livre semblable au Coran est un signe de la véracité de Mohammad.

[59] Barnabé, dans son Evangile, rapporte que la ressemblance de Jésus fut mise sur Judas Iscariot, son dénonciateur (voir Evangile de Barnabé chapitre 220).

[60] Cet homme qui appelait Dieu ne pouvait pas être un Dieu, sinon il se serait délivré lui-même sans l’aide d’aucun. Quel faible Dieu !

[61] Il parait que les Juifs ne voulaient pas que l’alliance et la loi soient données à une autre nation, notamment à celle sujette à leur mépris et hostilité, à savoir les Arabes, descendants d’Agar la servante de Sara. Cette transmission de l’alliance et de la loi à une autre nation, entraînera, d’une part la perte de leur prestige ancestral et de leur privilège sur les nations, et mènera une nation insensée – sujette à leur mépris – à avoir un prestige plus sublime que le leur. Les Juifs, par orgueil et rancune, et sans s’attacher aux prescriptions divines, voulaient préserver ce privilège entre leurs mains. Mais la prédication de Jean-Baptiste et celle de Jésus qui avaient montré que la grâce sera donnée à une autre nation, ont été considérées comme un danger pour leur prestige (Matthieu, 3 : 7-12 ; Luc, 20 :16).  De ces versets on déduit que le privilège devait être ôté aux Juifs afin de le donner à une autre nation ; mais eux ne voulaient pas que cela se réalise. Alors ils n’avaient pas cru en Jean-Baptiste, et ils avaient tenté de tuer Jésus.

Après la disparition de Jésus, ils ont persécuté ses disciples ; mais constatant  que la persécution n’empêchait pas la prédication d’embrasser un large public, ils s’étaient  résolu d’user d’un autre procédé : quelques uns d’entre eux se sont, en apparence, convertis au Christianisme et ont essayé par ce moyen de démontrer que Jésus était le dernier prophète, en interprétant les textes bibliques à leur guise afin de barrer le chemin à la prédication qui révélait la vérité. Peut-on classer Paul parmi ces persécuteurs convertis ?

 

[62] Nous avons démontré que le royaume promis (celui de Dieu) est le royaume de l’Islam établi par le prophète Mohammad. En réalité, le Coran contient une grande partie de la loi de Moïse.

[63] La prédication de Jésus est, en effet, composée de ces deux parties : appel à la repentance et à la foi. La repentance consiste à abandonner les œuvres mauvaises et à pratiquer les bonnes, la foi est la base des œuvres bonnes. Les prophètes de l’Ancien Testament faisaient autant. Aucune différence n’apparaît entre Jésus et ces prophètes au sujet de ces deux principes.

[64] Coran, 3 : 61. A la suite de cet ultimatum exposé dans le Coran, le Prophète Mohammad s’est prêté pour l’appliquer alors que la délégation chrétienne à laquelle le défi a été lancé, décida de ne pas recourir à la grave méthode proposée ; mais de conclure une paix moyennant soumission politique.

[65] Etre envoyé implique qu’on obéit à celui qui a envoyé ; donc il y a une distinction nette entre les deux ; celui qui a été envoyé ne peut être un Dieu avec le Dieu qui l’a envoyé.

[66] Pour ceux qui prétendent que ces phrases renferment un sens propre et le pain et le vin se transforment réellement en corps et sang du Christ, nous disons :

  1. 1.        Nous voyons toujours le pain qui reste pain, il n’est devenu ni os ni muscles, à l’instant.
  2. 2.        Combien de Christ nous allons avoir si des prêtres dans plusieurs endroits du monde et en même temps font la Ste Cène ? Ces Jésus seraient-ils les mêmes ou non ? S’ils sont les mêmes la matière du pain est différente. S’ils ne sont pas les mêmes il y aurait plusieurs Christ.
  3. 3.        Le pain que le prêtre a coupé en plusieurs morceaux, pour qu’on les mange : ou bien se transforme tout entier en un seul Christ, ou bien en plusieurs. Dans le premier cas on aura un Christ coupé en morceaux ; alors celui qui a mangé un morceau n’aurait pas mangé le Christ dans sa totalité. Dans le deuxième cas, on se demande d’où sont venus ces Christs alors que le pain n’a été que pour un seul Christ ?
  4. 4.        Selon cette croyance le Christ est toujours sujet à la douleur ; car chaque année on coupe son corps et on verse son sang ; les Chrétiens alors sont plus méchants que les Juifs qui ne l’ont tué, selon les évangélistes, q’une seule fois, sans qu’il mange son corps. Comment peut-on qualifier celui qui tue et mange Jésus chaque année ? D’autre part, si « Dieu » n’est pas sauvé de leurs mains, comment pourrait-il être sauvé de quelqu’un autre ?!

[67] Les Arabes païens croyaient que les anges sont les filles de Dieu.

[68] Lévi est un fils de Jacob. Ce dernier est le petit-fils d’Abraham. Donc c’est bizarre de parler de la généalogie des fils de Lévi puisque Melchisédek est  contemporain d’Abraham !

[69] Extraite d’Izhar al-Haqq de Rahmat Allah al Hindi.

[70] Alors que l’expression « Esprit Saint », comme nous l’avons souligné, n’est employé que dans les passages suivants de l’Ancien Testament : Esaie, 63 : 10-11 ; Psaumes, 51 : 13.

[71] On a jamais constaté dans la Bible, que l’Esprit de Dieu (ou l’Esprit Saint) égale Dieu ou fait de lui un instrument ; mais au contraire, on constate toujours que c’est Dieu qui envoie son Esprit à quelqu’un ou pour accomplir quelque chose.

[72] L’Esprit dans ce verset et dans les autres concernant la création d’Adam peut être aussi identifié à Gabriel ; car le Coran en parlant de la conception de Jésus, c’est de Gabriel que Dieu a dit : « Notre Esprit » (19 : 17 et 66 : 12).

[73] Bien que le terme Esprit apparaisse dans ces diverses acceptions, il est à noter que le Coran les précise en donnant à chaque notion une expression spéciale formée du terme « Esprit » et d’un déterminatif. Gabriel = Esprit Saint ou Esprit simplement, par contre la révélation est désignée par « l’Esprit de commandement ». Cet emploi est justifié par le fait que la Parole divine est un Esprit vivifiant l’esprit de l’homme. Et celui qui la transmet est aussi un Esprit ; pour que ce soit convenance et harmonie entre l’agent et la Parole transmise. Mais cet agent est une créature, alors que la parole est un attribut divin. D’autre part, l’homme qui reçoit cette parole (le prophète) est lui-même doué de capacités supérieures à celles des êtres humains afin de leur transmettre la parole qui puisse revivifier leur esprit. Donc tous ces trois esprits viennent de Dieu mais ils sont conçus différemment.

[74] Ce verset est adressé aux Juifs, de l’époque du prophète Mohammad, qui disaient qu’ils détestaient Gabriel et aimaient Michel. En parallèle, il est à signaler que les Juifs de l’époque de Jésus blasphémèrent contre l’Esprit Saint (voir Marc, 3 : 29) ce qui nous confirme que l’Esprit Saint et Gabriel dans la conception juive représente une seule réalité

[75] Remarquons qu’il a dit plus haut que chaque personne est appelée Dieu.

[76] Extraite de Izhar al-Haqq.


 

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