Le Coran, tu t'abreuveras !

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CHAPITRE V

MODE DE LA REVELATION

 

Bien que ce chapitre puisse paraître étranger au « premier critère », nous l'y rattachons cependant parce que la révélation se présente comme un élément capital aux yeux du critique qui veut situer le phénomène coranique par rapport au « moi » conscient chez Mohammed.

Comment ce dernier réalisait-il, ainsi que les autres prophètes avant lui, le phénomène du « Wahy » ?

Chez certains islamologues, ce terme « Wahy » sous lequel le Coran désigne le phénomène de la révélation est rendu par les mots : intuition ou bien inspiration. Or, ce dernier mot n'a aucune signification psychologique précise, bien qu'utilisé en général à ramener le « Wahy » à une essence psychologique. Le premier terme, lui, a par contre une signification mais qui ne répond pas du tout aux conditions phénoménales observées chez Mohammed dans l'état de réceptivité où il se trouve pendant le « Wahy ».

D'autre part, l'intuition peut, psychologiquement se définir : la connaissance directe d'un objet pensable ou pensé.

Tandis que le « Wahy », pour être compatible avec la conviction de Mohammed et avec les données coraniques doit prendre la signification d'une connaissance spontanée et absolue d'un objet non pensé ou même impensable.

Il est donc utile de mieux se rendre compte de l'espèce phénoménale qui pourrait être derrière le vocable « Wahy ». Il faut noter encore que l'intuition n'est accompagnée d'aucun phénomène physiologique, visuel, auditif ou sympathique, tel la contraction de muscles observée dans le cas de Mohammed.

D'autre part, du point de vue intellectuel, l'intuition n'induit pas chez le sujet une certitude évidente : elle donne naissance plutôt à une demi-certitude, à quelque chose qui correspondrait à ce qu'on appelle un postulat. C'est une connaissance dont la preuve est à posteriori. C'est ce degré d'incertitude qui distingue psychologiquement l'intuition du « Wahy ». Or, la certitude chez Mohammed était totale avec l'assurance, à ses yeux, que la connaissance révélée est impersonnelle, incidente et extérieure à son « moi ». Ces caractères sont tellement évidents aux yeux de celui qui reçoit le « Wahy » qu'il ne doit rester aucune ombre à ses yeux quant à l'objectivité du phénomène révélateur : c'est là une première condition absolument nécessaire pour la conviction personnelle du sujet.

Pourrait-on attribuer à une simple intuition les mobiles conscients qui avaient déterminé Jérémie à réagir violemment à l'égard de l'intuition exprimée, tout à fait contrairement à ses vues propres, par un Hanania dont il prononce d'ailleurs avec la même véhémence et la même certitude, comme l'arrêt de mort. Est-ce par l'intuition que Mohammed, lui-même, pouvait interpréter le geste de la mère de Moïse abandonnant son fils au fil de l'eau ? Est-ce aussi par intuition qu'il aurait distingué dans son acte verbal — puisqu'en tant que sonorisation de syllabes, le Coran fait partie de cet acte verbal — deux groupes d'intuitions : le verset coranique dont il ordonne aussitôt la transcription et le « hadith » qu'il confiait seulement à la mémoire de ses disciples ?

Une pareille distinction serait une pure absurdité, chez le sujet, s'il n'y avait pas chez lui, en même temps une nette conscience de la dualité ainsi séparée.

Cette distinction est pourtant tellement essentielle qu'elle se trouve constamment rappelée à l'attention même de Mohammed par le Coran dans les nombreux versets où le « Wahy » est évoqué, soit sous la forme substantive (Wahyoun), soit sous la forme verbale (Awha, Awhayna, etc).

On peut essayer de dégager la signification coranique du mot à partir du passage suivant qui clôt la narration d'une scène eschatologique :

« Dis (O Mohammed) : « C'est un message grandiose auquel vous êtes indifférents. Je n'avais, certes, aucune connaissance du monde où se tenait ce débat. Je n'en ai eu l'information que par le « Wahy » : je ne suis qu'un homme qui avertit clairement ». Cor. XXXVIII - V. 67...70.

Ces versets semblent vouloir dégager le sens du « Wahy » à des fins dialectiques, pour permettre au Prophète son utilisation comme argument dans ses controverses avec les adversaires de sa doctrine.

Dans d'autres versets, c'est pour l'usage personnel de Mohammed, pour son édification propre que le Coran dégage le sens du mot. C'est le cas, par exemple, dans le verset suivant : « Cela appartient à l’inconnu que nous te révélons par le « Wahy » : Tu n'étais certes pas avec eux quand ils tiraient au sort à qui prendrait charge de Marie, et tu n'étais pas présent à leurs débats... » Cor. III, V. 44.

Ce passage dégage bien, pour le « Wahy », le sens de révélation de l'inconnu, d'un inconnu bien précis qui embrasse les détails matériels d'une scène purement spirituelle et un fait bien déterminé, celui d'un tirage au sort. Cet inconnu révélé est en somme signalé à l'attention de Mohammed comme le critère lui permettant de distinguer ce qui lui est personnel, comme ses idées et ses intuitions courantes, de ce qui est impersonnel et émane spécialement du « Wahy ».

Le problème a été examiné sous ses divers aspects par les auteurs musulmans. Le Cheikh Abdou, notamment, l'a abordé dans sa « Rissalah » en ces termes : « Juridiquement, dit-il, on a défini le « Wahy » comme l'information de Dieu à l'un de ses prophètes touchant à un précepte juridique ou d'une autre nature. Quant à nous, nous le définissons comme la connaissance que trouve en lui l'individu avec la certitude qu'elle est de Dieu et transmise par un moyen sensible ou non : la première forme étant audible et l'autre ne l'étant pas. Et le « Wahy » diffère de l'intuition en ce que cette dernière est une manifestation que perçoit la conscience, sans discerner d'où elle vient.» (Rachid Ridha : Le Wahy Mohammadien : p. 38. Caire 1935).

Dans cette définition du « Wahy » notablement précisée par le vénérable Cheikh, il reste toutefois une certaine ambigüité quant à l'explication de la certitude chez le Prophète.

En effet, dans le cas où la révélation n'est pas transmise d'une manière sensible — auditive ou visuelle — nous tomberions dans une définition purement subjective du « Wahy » puisqu'en dernière analyse, le Prophète ne sait pas positivement comment lui est venue la connaissance tout en la trouvant en lui avec la certitude qu'elle vient de Dieu ». Il y a là, une contradiction apparente qui donnerait au phénomène tout le caractère psychologique de l'intuition. Or, celle-ci, il faut le répéter, ne donne pas naissance à une certitude ex-rationne qui semble bien être cependant la certitude visée dans les versets où il fait mention du « Wahy », et qui se rapportent plus particulièrement à l'édification personnelle de Mohammed sur la nature particulière du phénomène coranique.

Considérons par exemple, le verset narratif qui mentionne une révélation faite jadis aux Apôtres et la réponse de ceux-ci :

« Lorsque j'avais révélé aux Apôtres ceci : « Croyez en moi et en mon Prophète, » ils répondirent : « Nous croyons et sois témoin que nous sommes soumis (à toi) ». Cor. V. V. 3.

Ici-le « Wahy » prend la signification d'une parole ordinaire adressée aux Apôtres et concrétisée en quelque sorte par leur réponse même. Cette réponse exprime aussi chez ces derniers une certitude ex-ratione issue normalement du « Wahy » et non déposée avec lui, de même que la certitude d'un phénomène quelconque n'est pas déposée dans notre conscience en même temps que notre perception, mais en résulte comme un écho intellectuel venant de nous-mêmes. Il ressort de cela que la certitude chez un prophète sur l'origine de la connaissance révélée, ne vient pas elle-même avec le « Wahy » et ne participe pas de sa nature ; mais elle est normalement élaborée par sa conscience comme une réaction normale de celle-ci à l'égard d'un phénomène extérieur.

Ce caractère donne bien au « Wahy », ainsi que nous voulions le montrer, la singularité qui le place en dehors des réactions psychologiques de l'individu dont la seule réaction, ici, consiste à élaborer rationnellement sa certitude et sa conviction.

 


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